Par Ciryle Coplan | mars 1, 2018 - 11:06 - Classé dans Articles

L’effet d’une musique seule dans la MdF.

Bonjour à toutes et à tous,

Pour ce mois de mars qui s’annonce rigoureux, je vous propose de continuer l’article du mois dernier mais en l’élargissant avec notamment les effets de l’émotion que peut générer une musique seule dans la MdF.
Pour illustrer mon propos, je vais utiliser un exemple de film d’animation (Fox and the whale) sur lequel j’ai travaillé dernièrement (à titre d’exercice).
Lorsque j’ai visionné ce film pour la première fois, j’ai sentis immédiatement une sorte “d’espace sonore” qui me traduit au premier abord, le choix du réalisateur à ne pas utiliser de musique.
Encore une fois, cet exercice ne remet pas en cause le choix du réalisateur sur la bande son de son film.
Ce qui m’a donc surpris à la première écoute, s’est cet espace que les images procures et qui donnent selon moi, une espèce de perspective dans la profondeur où le son simple de la nature s’exprime et se suffit à lui même.
Néanmoins, comme j’aime la simplicité, je suis allé plus loin afin de voir si la musique pouvait avoir une place tout aussi importante dans cette production; et ceci n’engage que moi bien sur. ;)

Voici la version originale de Robin Joseph.

Dans cette version le bruitage prend une part importante dans la réalisation. Le réalisateur Robin Joseph, a tout de même posé de la musique en optant par un effet cinématographique c’est-à-dire en prenant parti pour l’émotion à la fin de son film. Probablement, pour sortir de celui-ci par une “ambiance d’emportement” que j’exprimerais de continuité… Un peu comme la version originale de Madame Tutli Putli sur l’article du mois dernier.
Je tiens à souligner le travail magnifique de Tim Nielsen sur le bruitage de cet excellent film d’animation entièrement autofinancé par le réalisateur. Mixage réalisé par Tim sur des JBL LSR305. Pour ma part, j’utilise des Mackies 824 mk2, Pro-Tools 12, puis d’autres séquenceurs (pas dans cette version) comme: Ableton 10, Reaper 5.7, Digital Performer 9.5 , ou encore Cubase 9 et bientôt Logic Pro.

Voici la version sur laquelle j’ai composé la musique.

Mon choix a été de ne pas mettre trop de musique mais aussi d’utiliser cet espace musical de façon légère en demie teinte avec une petite orchestration pas trop chargée afin de générer de l’émotion à petite échelle. C’est-à-dire que j’utilise par trop d’instruments mais j’utilise ces derniers avec de la réverb (Altiverb 7 et Spaces de East West).
J’ai donc commencé en cherchant tout de suite cette émotion par une introduction très aérienne au piano (Gravitas). Ce thème, sera repris plusieurs fois mais en variant légèrement l’orchestration. Cela se poursuit avec un thème “sautillant” (partie avec les crabes au début puis à 5’29″) avec une orchestration de dessin animé mais différente de celle que l’on peut retrouver par exemple avec Carl W. Stalling dans l’incontournable Bip Bip et le Coyote. A 7’21″, je vais utiliser des sons électroniques (que j’apprécie énormément) qui seront suivis d’une orchestration plus fournit (avec percusions) avec le passage de la tempête. Enfin, piano, cordes, voix, trompette, trombone, clarinette, cors, (Kontakt 7) et synthétiseurs (notamment Omnisphere 2) vont s’exprimer virtuellement (VST) pour proposer une autre version cinématographique que je vous propose à titre pédagogique.
Le passage de la trompette seule dégage une forte impression de solitude mais aussi de plénitude qui sera exprimée d’ailleurs, par une reprise de ce thème à la fin (personnage sur son embarcation de fortune) en harmonie avec une clarinette et un Trombone. Une fois terminé et par curiosité, j’ai voulu essayer de mixer la nouvelle version avec le bruitage originale du film.
J’ai écouté plusieurs fois la version avec la musique seule puis l’originale avec le bruitage et enfin les deux à la fois.
Il s’est avéré que la musique fonctionne assez bien toute seule. Cette musique dégage une émotion et ceci sans aucun bruitage.
Par conséquent, je vous propose une écoute avec la musique seule. Cette version avec musique a été composée afin que vous puissiez juger par vous même de cet effet émotif qui fait l’objet de cet article.

Version avec musique.


Si la vidéo ne fonctionne pas cliquez ICI.

Conclusion.

Le choix du réalisateur à ne pas mettre essentiellement de musique est normal si ce dernier souhaite garder une certaine gravité et authenticité en utilisant le son naturel de la nature (cela me fait penser au film “Seul au monde” de Robert Zemeckis). Son choix de mettre de la musique a été opté qu’à la fin de ce film d’animation pour un effet musical que je qualifierais; optimiste malgré le thème un peu triste mais très beau du compositeur John Poon.
Cependant, comme vous pouvez le constater, la musique peut également remplir l’espace en faisant son travail.
La seule différence il me semble, s’est que celle-ci aurait (avec mon exercice) pour conséquence sur le film, un effet plus émotionnel sur la durée voire presque une sensation d’une écriture musicale errante car remplissant tout l’espace… Un bon compositeur, et celui qui c’est aussi mettre la musique au bon endroit un sachant utiliser les bons liens pour enchaîner les séquences.
En effet, l’erreur à ne pas commettre serait de vouloir remplir le temps qui passe simplement sur la durée. Je dois reconnaître que ceci est le défaut principal de cette composition créée pour l’occasion. Elle peut aussi avoir un effet contemplatif qui se rajouterait aux images qui le sont déjà. Par conséquent, il faut trouver le juste milieu ou faire un choix comme l’a fait Robin.
Néanmoins, un thème pourrait sauver la chose voire l’améliorer sur la durée mais attention, les compositeurs confondent souvent en mettre plein la vue (figure de style) ou envoyer le sound design pour en avoir plein la tête.
Le film en question n’est pas facile à faire musicalement car il y a un effet contemplatif avec des personnages jouant leur rôle dans un décor “contemplatif”. En fait, le décor s’exprime et se suffit à lui même.
Par conséquent, trop c’est trop! comme dirait je ne sais plus qui ! ;)
La réunion des deux (bruitage et musique) formerait, à mon sens quelque chose qui ne serait pas inintéressant avec un bon mixage son mais après réflexion, j’en suis plus vraiment aussi sur…

Ce choix, reste quoiqu’il en soit au réalisateur qui est le seul à savoir si l’écriture de son film traduit bien son inspiration créative. Voici sa réponse concernant l’aspect relatif à sa bande son: “The sound design for fox and the whale was done with great care and effort and a lot of personal sacrifice. This was not a studio made film, but a self financed film i made with personal savings”.

Je remercie avec beaucoup de respect Robin Joseph, pour le partage de son film magnifique sur mon blog uniquement à titre pédagogique. Je tiens à signaler que Robin Joseph, a su s’entourer de personnes compétentes pour réaliser ce film.
Pour ma part, j’ai été très honoré et très inspiré sur ce travail magnifique. Néanmoins, ce travail reste expérimental et ma version toute personnelle. De plus, ceci est un exercice et par conséquent, il a fallu grossir un peu le trait pour justifier l’objet de cet article; même si j’aime bien ma version.
Ce film est évidemment excellent dans sa conception originale.
D’ailleurs, ce film est nominé au Canadian Screen Awards 2018. Je suis de tout cœur avec Robins et toute son équipe, pour le mois de mars 2018. ;)

Vous pouvez écouter d’autres démos sur mon site internet Ciryle Coplan.

P.S.: Désolé pour le retrait et la mise en ligne à nouveau de cet article. Faire ce genre d’exercice n’est parfois pas une chose simple…

Ciryle Coplan.

Par Ciryle Coplan | février 6, 2018 - 11:51 - Classé dans Articles

Le choix de la place d’une musique dans une production.

Pour ce début d’année, nous allons parler du choix de la musique dans une production audiovisuelle. Pour en débattre, je vais prendre pour exemple un film d’animation réalisé il y a plusieurs années et sur lequel j’ai travaillé dernièrement (démo musicale, démo sound design et démo sound fishing). Je ferai ce genre d’exercice de temps en temps sur des productions qui ont déjà une certaine vie.
Par ailleurs, il n’est pas question de mettre en critique le travail des personnes sur la réalisation finale de ce film. Cette version reste d’ailleurs, celle la plus adaptée au film.
Cet exercice est donc une autre vision soit un autre moyen artistique de définir un langage cinématographique et donc un autre choix qui reste bien évidemment le miens.
Ce petit film d’animation, nous révèle à mon sens, les éléments de pulsions naturelles liées aux humains, les choses vivantes de manière générale, voir même la matière. Plus précisément, l’existence et surtout la continuité de la vie face aux épreuves.
En l’espèce, la volonté ou pas de voyager dans le cadre d’un déménagement, la pulsion sexuelle notamment dans le harcèlement, l’agression physique par le vol d’organes, et la pulsion d’un insecte attiré irrésistiblement par la lumière.
L’imagination permet dans le cadre de ce film, de soulever un certain nombre de messages dans une ambiance à tendance paranormale liée à une sorte de force maléfique. Je dirais en fait, la mise en place du premier jour du reste de la vie de madame Tutli Putli.
L’avantage dans ce genre d’exercice, est le message des images qui est dans ce film plus qu’important. Dans ce cas, la concentration sur les personnages est primordiale ainsi que l’ambiance sonore du décor (essentiellement l’environnement du train).
Le choix du réalisateur et du compositeur dans la version originale, a été de privilégier une musique plutôt qui relate l’ambiance du film de façon chronologique.
Par exemple, l’intro avec un piano qui nous donne cette sensation lente par une mélodie travaillée du départ et de l’attente. La partie ou l’homme exprime ses pulsions face à l’héroïne par une musique que l’on emploi généralement dans un streap teas notamment avec un saxo très subjectif . La partie où l’héroïne veut échapper à sa situation par une orchestration chaotique et enfin, lorsque celle-ci se relève après sa chute par une douce musique qui l’emporte vers un autre destin.
Pour composer un autre type de musique , les pistes seraient de prendre le même chemin que celui du compositeur de la version originale (je suis partis dans ce sens lors de la composition) afin de soutenir par exemple la chronologie des faits. Ceci dans le cadre d’un voyage classique voire bon enfant, mais qui basculerai ensuite vers des pulsions moins avouables comme notamment le viol suggéré de cette femme devant les autres personnages présents dans le compartiment (c’est d’ailleurs l’objet majeur de mon thème au violon)
En effet, les choses se compliquent après cet élément qui dénonce la violence d’un individu qui pense avoir tous les droits (un message d’avant garde de l’auteur: “balance ton porc”)…
Dans ma version, je vais essayer de me mettre à la place du personnage et de souligner une sensation de tristesse par une mélodie exprimée essentiellement par le violon.
Mon choix a été d’utiliser également un piano seul (thème moins lent mais avec un arpège répétitif voir mécanique) en utilisant un autre thème qui reviendra trois fois. Le premier, avec un son phono qui s’éclaircit lorsque la caméra panotte sur le quai. Le second, en y ajoutant du violon et une flute sur une mélodie triste mais soutenue qui sera reprise par la suite. Et le troisième, à la fin du film. La mélodie au violon sera jouée partiellement (plusieurs fois) et totalement (deux fois dont une avec le piano) pour évoquer le personnage principal et sa situation. La partie du jeu d’échec et soutenue par une musique à tendance joyeuse mais légèrement tendue par l’intervention du violon pour évoquer la situation plutôt rigolote mais suspendue.
Le sound design est utilisé dans cette version pour renforcer notamment d’une part, le papillon de nuit qui entre en scène à plusieurs reprises. Et d’autre part, pour renforcer les séquences sombres, avec des nappes de notes longues (synthétiseurs) accompagnées de chants qui suggèrent par leurs mélodies envoutantes une espèce de menace qui est là dernière et qui attend.
Le bruitage quant à lui est très présent notamment dans le train (roulis du train). il se manifeste également par les pas du personnage à la fin du film qui caractérisent à mon sens sa situation puis enfin, les sons des oiseaux et de la nature la nuit. La musique quand à elle remplace le bruitage notamment avant l’ouverture de la fenêtre mais aussi après au moment où le personnage écrit.
Je tiens à signaler que je n’ai pas écouté la version originale au moment où je l’ai découverte. je suis donc partis qu’avec les images.
Il se trouve que j’ai découvert par la suite que j’avais mis le bruitage parfois aux mêmes endroits comme notamment le passage du joueur de tennis ou alors celui du cerf sur la voie ferrée. De même, j’ai suivi l’ordre chronologique du compositeur de la version originale mais en soulignant l’aspect émotif du personnage principal.

Je vais donc vous présenter plusieurs versions de ce petit film avec sa version originale bien sur, sa version sound design avec des dialogues et ma version retravaillée pour l’occasion.
Il y aura également, un autre type de film d’animation où la musique orchestrale est excellente et en équilibre sur les images; pourtant il y a du monde derrière le pupitre. ;)

Version originale de Madame Tutli Putli.

Madame Tutli Putli from peter bas on Vimeo.

Court métrage d’animation dans lequel Madame Tutli-Putli monte à bord d’un train de nuit, traînant avec elle tous ses biens. Voyageant en solitaire, elle partage sa cabine avec des étrangers d’apparence tantôt bienveillante, tantôt menaçante. Quand tombe la nuit, elle se retrouve au cœur d’une angoissante aventure métaphysique, où la réalité se confond avec le rêve. Thriller jungien? Suspense hitchcockien? Tour de force artistique? Montez à bord, le train de nuit vous attend…
Réalisé par Chris Lavis et Maciek Szczerbowski – 2007. Bruitage et sound design David Bryant et musique Jean Frédéric Messier.

Version Sound design avec dialogues.

Dans cette version les dialogues peuvent remplacer la musique par exemple. Cette version nous montre également que la présence d’une voix off, remet en question toute la construction de la bande son. Je ne suis pas l’auteur de cette version.

Version refaite pour l’occasion avec la musique, le bruitage et le sound design.


Vous pouvez écouter d’autres démos sur mon site internet Ciryle Coplan.

Version d’une musique où l’orchestration est excellente et équilibrée.


Comme vous pouvez le constater le bruitage est assez présent dans ce film, et pourtant la musique se mélange parfaitement. Le sound design et là également très discret mais bien là. Le compositeur sur ce petit film se nome Paul Halley.

Conclusion.

Je fais remarquer que mon intervention dans le cadre de cette démo, s’inscrit dans le seul objectif de souligner le rôle du compositeur dans le processus d’élaboration d’une production.
Comme vous pouvez le constater, le compositeur par sa musique peut donner un autre sens au film en collaboration avec le réalisateur. En fait, ma version se concentre d’avantage sur le personnage; j’essaye de lui donner une présence plus forte à travers la situation préoccupante dans laquelle il se trouve. Par conséquent, je suis pour le personnage et lui donne un espoir il me semble plus marqué en reprenant par exemple, le son du papillon du début en le mettant à la fin de la dernière séquence du film (papillon attiré par la lumière et qui se transforme) mais aussi en mixant plus fort les pas du personnage qui va vers son autre destin. Probablement que le réalisateur a orienté son choix vers une version plus cinématographique donc moins intimiste musicalement…
En effet, dans la version originale le personnage est quasiment lié aux évènements puisque ses pas sont avalés par la musique et donc par l’émotion de celle-ci.
Il y a d’ailleurs, dans la version originale un facteur émotif beaucoup plus efficace concernant la musique, et le sound design (rythme, enchainements, effets). Comme quoi se concentrer sur les aventures malheureuses de l’héroïne ne suffit pas à faire une excellente bande son c’est-à-dire dans la norme codifiée…
Par conséquent, le pouvoir du compositeur peut être important comme vous pouvez le constater. L’importance du bruitage et du sound design sont aussi des éléments majeurs dans le processus de fabrication d’un film. Il suffit d’écouter les deux versions avec la musique mais aussi la version dédiée au sound design pour s’en rendre compte. Néanmoins, le rôle du compositeur demeure malheureusement très secondaire dans le budget d’un film; ce qui reste assez déconcertant (voir cet article datant de 2015 du journal libération qui est toujours d’actualité Ici). Le compositeur qui s’en sort est en fait aussi un businessman comme me le faisait remarqué Romain Paillot, lors d’une rencontre; mais ceci est un autre sujet que je traiterai sur le blog dans les prochains mois.
Pour finir, il faut prendre en considération l’impression du temps qui passe (celui que l’on ressent au visionnage) lorsque vous regardez un film ou une séquence. Si le temps vous semble moins long au visionnage avec la musique, c’est que vous avez fait votre travail en partie. Retirer le son sur un film et vous allez comprendre que ce temps peut être bien long. La musique, les dialogues et le sound design, donnent souvent cette sensation d’un temps qui semble moins long. Une bonne musique accompagnée des autres éléments (ou pas) donne parfois cette sensation d’écourter le temps. Parfois également, la musique n’a pas besoin de s’exprimer et le silence ou bien de simples bruitages et dialogues suffisent à eux même.

Ciryle Coplan.

Par Ciryle Coplan | janvier 21, 2018 - 8:45 - Classé dans Articles

Bonjour à tous,

Voici une nouvelle année qui se lance dans une ambiance pluvieuse sur la majeure partie de la France. Malgré ce début d’année un peu morose, je vous souhaite une excellente année 2018.

Je vous présente aujourd’hui un compositeur Français de Montpellier qui travaille à Londres depuis plusieurs années. Son expérience et son savoir-faire ainsi que son talent, nous emmènent vers un autre univers que celui du territoire national habituellement d’écrit sur ce blog (en dehors de l’article consacré à Jeff Rona que j’apprécie particulièrement). D’ailleurs, je vais essayer de faire dans les prochains mois, des articles sur d’autres compositeurs de la planète et par conséquent d’autres façons de voir le monde. En effet, ma vision a toujours été de toute façon universelle et honnête dans la conception de ce qui nous entoure. De plus, le pays de Voltaire semble avoir perdu un peu de son panache et son éclairage ne rayonne à mon sens qu’un peu trop de l’intérieur. Néanmoins, la vie continue ici mais aussi ailleurs. ;)

Mathieu Karsenti Composer -cliquez sur la photo-

1/ Le parcours d’un compositeur de musique pour l’image est souvent périlleux. Comment la vocation est venue et comment as-tu commencé dans ce métier?
 
Petit, je n’ai jamais pensé ou voulu me lancer dans cette carrière. J’ai commencé mon parcours artistique dans le dessin et les Arts Appliqués (Bac F12). Ado, j’ai commencé à jouer de la guitare et à écrire quelques chansons inspirées des Beatles et autres chansonniers. A Londres vers l’âge de 17-18 ans, je continuais mes études dans le Design tout en jouant dans mon groupe. Fast-forward quelques années plus tard et je trouve une formation dans la production de la musique par ordinateur. J’étais fasciné et j’ai compris qu’il y avait plus de débouchés dans cette voie-là plutôt qu’en tant que chanteur. Alors j’ai formé ma boite de production pour les artistes Soul indépendants de la scène Londonienne tout en gardant un œil sur le travail pour la TV et le cinéma. De choses en autres je me suis trouvé à ‘aider’ sur les émissions de TV Anglaises pour la BBC ou Sky. Au départ je remixais des morceaux, je créais des versions de chansons connues (pour contourner les droits d’auteurs) et je composais un tout petit peu. Jusqu’à là l’idée d’être compositeur n’avais pas encore germé. Puis petit à petit, j’ai compris que ma formation en Arts Appliqués s’avérait être utile pour composer: tu réponds à une demande spécifique, tu composes de la musique appliquée à l’image. J’ai donc pris des cours de composition en-ligne à Berklee, et j’ai appris l’orchestration avec Conrad Pope (orchestrateur de John Williams et d’Alexandre Desplat). Le truc bizarre, c’est que les projets TV sur lesquels je composais demandaient une patte sonore vraiment précise et distincte. Sans savoir ou ceci m’amenait je continuais dans cette direction: travailler instinctivement sur des projets qui m’intéressaient, qui me procurait un véritable chalenge. Puis en 2012, je reprend contacte avec un ancien pote basé à Berlin qui faisait des films, et je compose sur deux de ses courts-métrages. Bien sur, ce pote n’était pas du tout conventionnel et me laissait libre court de composer, d’explorer et finalement de trouver l’identité sonore de ses films. Cette expérience m’a laissé une emprunte indélébile qui me reste jusqu’à maintenant dans mon approche. On peut dire que j’ai été gâté au niveau créatif et en tant qu’artiste!
 
2/ Tu travailles désormais essentiellement à Londres. Essaye de nous expliquer les différences en matière d’approche professionnelle entre la France et la grande Bretagne?
 
Comme je l’ai dit auparavant j’ai quitté la France à l’âge de 17-18 ans, et je n’ai jamais travaillé en France.
Il est donc difficile d’exprimer des différences entre ces deux pays au niveau professionnel. Et même dans ma carrière, tout mes contacts sont ici, en Allemagne ou encore aux États-Unis. Par contre, peut-être la différence entre la France et l’Angleterre est une différence de priorités. En France, on aime bien vivre, on a tendance à privilégier la qualité de vie. En Angleterre (du moins à Londres) on oublie souvent les petits plaisirs afin de se focaliser sur le boulot. Bien sur, on bosse dur également en France mais l’approche est différente. En affaire, les Anglais parlent peu et n’ont souvent pas trop le temps de faire du sociable. Moi-même, je travaille constamment! Ayant travailler avec les Américains on s’aperçoit également qu’en général les choses vont vite! 
 

Mathieu Karsenti Composer.


 
3/ Dans un parcours de compositeur, la façon de composer doit être éclectique. Aujourd’hui, peut-il revendiquer un style qui lui est propre?
 
Je crois que oui, tout est dans l’approche. J’ai mis pas mal d’années à comprendre vraiment ce que je faisais au niveau musical. Pour moi, je voulais juste bosser, content d’avoir du boulot! Mais certains projets m’ont permis de comprendre que je pouvais peut-être avoir une voix musicale, un ‘univers’. Tour à tour je composais des morceaux pour orchestre, d’autres étaient plus Funky/Jazz, d’autres étaient très percussions, et je pensais être éclectique, sans vraiment avoir de style. En fait, en réécoutant mon travail et en ayant un retour par d’autres musiciens et artistes, j’ai compris que mon approche instinctive était la même: je compose ‘par couches’ ou ‘layers’ en Anglais. Chaque instrument est actif, il fait quelque chose de bien défini. Une ligne de mélodie au violon est souvent en contrepoint avec un violoncelle ou une guitare. J’utilise des accords pour rester dans une tonalité mais je sors souvent de celle-ci pour explorer d’autres idées et créer quelque chose de moins prévisible. 
Ceci explique peut-être ma fascination pour la musique Baroque de Bach ou Händel où l’on peut visualiser chaque instrument clairement défini, où tout nous invite à découvrir, à utiliser notre imagination. On retrouve cette approche chez John Barry et Ennio Morricone également; leur musique est excitante, hyper bien composée et ouverte d’esprit (on y trouve de l’harmonica, l’orchestre, des guitares etc…). Pour ma musique, je compose d’instinct tout comme quand je peins (mes aquarelles abstraites) où plusieurs formes, couleurs et couches se juxtaposent, se marient et se côtoient. Pour le Cinéma, au niveau conceptuel ces ‘couches’ me permettent d’illustrer la psychologie d’un personnage, tout en créant une identité sonore, et en commentant sur l’action du film et l’émotion qui s’en dégage. 
Les projets vers lesquels on gravite permettent également de se définir un style. Par exemple, Cliff Martinez raconte comment ses premiers pas dans le scoring s’orientaient plus vers le Sound Design, ce qui par la suite a défini un style, une façon d’aborder son scoring.
J’ajouterai cette phrase du compositeur Américain John Corigliano: ‘Je pense que le style d’un compositeur c’est les choix inconscients qu’il fait, pas les choix conscients’.
  
4/ Le travail d’écriture est important dans l’inspiration et la structure d’une musique consacrée à l’image. Comment travailles-tu cette phase de création?
 
La première chose est de regarder le film – beaucoup de fois! 
J’ai besoin de le digérer, de le conceptualiser, de le comprendre. Bien sur, avec le réalisateur nous avons pas mal de discussions en ce qui concerne l’instrumentation appropriée au film et son intention lorsque la musique intervient. Souvent, s’il n’y pas de ‘Temp music’ (morceaux de mis en place pour créer une atmosphère lors du montage), je demande au réalisateur quelles sont ces influences musicales, des idées spécifiques…. cela me permet de situer quelle est leur vocabulaire musical. Avec toutes ces informations en tête, je commence a composer quelques idées, à chercher. Sur mon dernier court ‘Kathmandude’, j’étais amené à créer une sorte de collage de musiques indiennes (tablas, flute, sitars, drone) de Sound Design et de musiques Occidentales (guitares), le tout de façon abstraite (le personnage était en plein ‘trip’ et la musique devait être psychédélique). 
Plus je cherche en collant des idées à l’image, plus je commence à comprendre le film et ce que ma musique peut lui apporter.
  
5/ Les séquenceurs et VST (virtuel studio Technology), sont des outils souvent utilisés dans le processus de fabrication. Que penses-tu de cette façon de travailler en général?
 
Bien sur, je me sers des séquenceurs et VST. J’ai pu entreprendre ma carrière grâce à Logic pro 7. Mais par contre, mes VST sont basiques et je fais peu de manipulations sonores donc j’ai besoin d’un séquenceur très simple. Pour moi les idées et les arrangements sont plus importants que le son en lui-même et vu que je mets plus d’importance sur un vrai son, je me débrouille souvent pour enregistrer de vrais instruments. Donc, en fait j’utilise Logic 9 comme un gros bouton d’enregistrement!
Lorsque j’ai commencé à enregistrer la toute première fois, c’était sur un appareil 4 pistes pour cassette (!), ce qui me forçait à réfléchir plus à ce que je faisais musicalement. Mon approche n’a pas trop changé, j’aime garder les choses assez simples.
 
6/ Écris-tu directement par rapport aux images comme par exemple avec un séquenceur, ou bien directement sur partition avec ou sans les images?

Toujours avec un séquenceur. J’ai besoin d’être informé et inspiré par l’image. Celle-ci me donne le tempo, l’émotion dans les couleurs et les tons et bien sur le jeu des acteurs. Pour caler la musique c’est évidemment beaucoup plus simple qu’autrefois. Il faut aussi comprendre que cette musique est fonctionnelle, elle dépend de pleins de choses visuelles, conceptuelles et intentionnelles. Le procédé de coller n’importe quelle musique ‘qui fera l’affaire’ parce qu’on n’a pas de temps me parait assez dépourvu d’intelligence. La musique informe l’image et travaille en synergie avec celle-ci. C’est subtile et très très important, cela me paraitrait impossible de travailler sans l’image.
 
7/ En France, une grande partie de la production musicale est faite avec des instruments virtuels. Quand est-il outre manche?
 
Tout dépend des budgets. Les instruments virtuels offrent bien sur un gain de temps et d’argent considérable et si le budget est petit, il n’y aura surement pas assez d’argent pour des vrais musiciens. Comme je bidouille sur plusieurs instruments, j’essaye toujours de faire en sorte que ma musique sonne vraie. Et même si le budget ne le permet pas, je garde toujours en vue la possibilité d’utiliser un vrai musicien. Les instruments virtuels sont dépourvus de vie et bien souvent engendrent de grandes frustrations chez les compositeurs désireux d’un son naturel! Rien ne vaut l’expérience d’enregistrer avec un musicien, de pouvoir puiser dans leur expertise et leur créativité est un vrai bonheur, et le résultat n’en sera que meilleur! Je conseille vivement à tout compositeur qui ne l’a pas déjà fait d’enregistrer un trombone ou une trompette, quelle puissance! 
 
8/ Tu travailles parfois avec de vrais musiciens dans le cadre de ton activité. Utilises-tu aussi un orchestrateur voire même un arrangeur?
 
Non, car il n’y a bien souvent pas assez de budget pour cela. Comme mon approche de composer ‘par couches’ et finalement assez précise, je fait tout moi-même. Si je devais utiliser un orchestrateur, chaque partie serait clairement définie au préalable et je préfèrerai surement avoir accès à leur créativité: comment pourront-ils faire sonner ça mieux, ajouter du caractère etc… Et bien sur, il y a toujours à apprendre de leurs connaissances!
Utiliser un arrangeur serait pour moi un gain de temps mais je ne suis pas sur comment cela marcherait car ma façon de composer est un peu non-conventionnelle. Composer et arranger sont pratiquement les mêmes choses pour moi en ce moment.
  
9/ Les délais de livraison d’un score à Londres semble être les mêmes que ceux adoptés en France. As-tu une opinion sur cette question?
 
Pas assez de temps généralement! On apprend donc à travailler très très vite. 
Grace à ma formation en Arts Appliqués j’ai gardé ce besoin de travailler vite, d’esquisser et d’explorer des idées en peu de temps, d’offrir pleins de choses à écouter dès le début. Et en fait, ce n’est pas plus mal d’avoir peu de temps, je préfère ça à un projet qui dure trop longtemps et où on perd le fil de ce qu’on faisait. 
 
10/ Quels conseils donnerais-tu à un jeune compositeur qui souhaiterait faire ce métier?
 
Je donne toujours le même conseil: cherchez et comprenez qui vous êtes en tant qu’artiste/compositeur/musicien.
Certains compositeurs sont complètement polyvalents et ont peut-être une carrière plus fructueuse que d’autres qui ont plus besoin de s’exprimer musicalement. D’autres définissent leur style par les projets sur lesquels ils travaillent. 
Tout peut marcher, le tout est de passer du temps à se connaitre, à comprendre ce que l’on est capable d’ajouter à un film. Plus on se connait, plus on peut travailler vite et bien.
  
11/ Quelle est ton actualité musicale en ce début d’année 2018?
 
Je travaille en ce moment sur ma troisième sortie musicale indépendante (la première est le E.P ‘Ichi’, la seconde ‘Cello Prayers’). Ce projet personnel est composé pour un quatuor de flute, bugle, violon et violoncelle le tout sur des nappes sonores ambiantes.
À venir également, l’illustration musicale d’un film pour une chorégraphe de ballet contemporain – mais je n’en dit pas plus!

Mathieu Karsenti Cello Prayers -cliquez sur la photo-


Mathieu Karsenti Kathmandude -cliquez sur la photo-

12/ Les budgets en France sont parfois discutables. Le compositeur anglais est-il mieux considéré en général par les productions Anglaises?
 
Pas forcément! Comme partout, la musique semble être la dernière des dernières choses que l’on considère lorsqu’on réalise un film. J’ai toujours trouvé ça bizarre! Quand on sait à quel point la musique change un film; qu’elle peut à la fois l’élever à niveau supérieur et à la fois le détruire. La musique est une vraie force et elle est à mon avis aussi importante qu’un acteur, elle est aussi présente et aussi conséquente. Elle mérite donc plus de respect et que le compositeur soit mieux rémunéré.  Par exemple à la TV Anglaise, il est possible de faire des apprentissages si l’on désire devenir monteur ou étalonneur. Vous faites un stage et si tout se passe bien vous pouvez trouver du boulot par la suite. Pour la musique à l’image il n’y a rien! Comme c’est du bouche à oreille ou par recommandation, personne n’a trouvé la bonne idée de mettre en place des structures professionnelles vous permettant de construire votre carrière et votre CV en travaillant petit à petit sur des productions. Ceci, sans l’aide du statut d’intermittent du spectacle et avec un chômage peu conséquent. Quand on considère ce parcours de compositeur souvent périlleux on peut vraiment en déduire que cette profession n’est pas en général bien considérée (à moins d’atteindre un certain niveau). 
Il faut donc y trouver une satisfaction personnelle pour continuer avec détermination et enthousiasme.
Ayant travaillé plus d’une fois dans des boulots ‘alimentaires’, je suis reconnaissant de pouvoir faire ce que je fais tout les jours!
 
13/ Sur quel type de support audiovisuel préfères-tu travailler : film, documentaire, pub etc…?
 
Ceci m’est égal du moment que le projet m’intéresse, que la musique soit respectée et qu’elle occupe une place importante. Pour moi, il faut que le projet m’inspire, qu’il me chalenge, qu’il m’enchante. Bien souvent, la musique en demande est trop formulée, trop prévisible et je pense que les compositeurs ne sont pas assez consultés sur le plan créatif. Certes la musique à l’image est fonctionnelle mais elle peut également vous transporter ailleurs, elle doit vous faire vibrer. 

Mathieu Karsenti Made You Look -cliquez sur la photo-


  
14/ Quels sont les compositeurs Français et internationaux que tu préfères?
 
Il y en a beaucoup!

Pour le visuel, je suis très fan de Clint Mansell, Cliff Martinez et Johnny Greenwood (de Radiohead). Je trouve qu’ils ont à leur façon su ce faire respecter tout en restant intègre et travaillant sur des films que j’apprécie.
Pour Hollywood: Thomas Newman, Danny Elfman, Alexandre Desplat.
Pour le Classique: J.S Bach, Händel, Stravinsky, Pergolesi, Philip Glass, Steve Reich.

Ichi E.P: Soundcloud.
Dandy Remixes: Soundcloud.
Reel 2017: Soundcloud.
Site internet Mathieu Karsenti.

L’actualité de Mathieu Karsenti:

Springtime… (at last)!
And here it’s starting with an exciting project, composing for Contemporary choreographer Anna Watkins Dance Company on ‘OATH’ a new piece celebrating 100 years of women’s vote:

Anna Watkins Dance Company -cliquez sur la photo-

Also check out my latest interview with Fine Pop and The Piano blog on my journey as a composer and artist:

Fine Pop and The Piano -cliquez sur la photo-

Je remercie Mathieu pour cet article vraiment intéressant ainsi que la rapidité et sincérité dans ses réponses.

Ciryle Coplan.

Comments Off
Par Ciryle Coplan | septembre 21, 2017 - 6:30 - Classé dans Articles

Bonjour à tous pour un nouvel article consacré à un compositeur français qui travaille également aux USA. J’ai cité Cyril Morin qui est l’un des cofondateurs de l’UCMF.

Le compositeur et réalisateur Cyril Morin

Cyril Morin à commencé sa carrière comme jeune guitariste et compositeur pour la télévision. Il continue d’ailleurs de travailler pour le petit écran avec dernièrement la série Borgia diffusée sur Canal+.
C’est au festival international de la musique de film d’Auxerre qu’il se fait remarquer en décrochant deux prix “La Fiancée Syrienne” puis pour “Zaina” de Bourlem Guerdjou. Son univers évolue avec une écriture musicale plus urbaine et plus sombre avec des films comme “Shamelove” de Mathiew Mcusic, “Pleure en silence” de John Gabriel Biggs et une “Journée” de Jacob Berger.
Cyril, collabore pour des films engagés comme “Nuit noire 17 octobre 1961″ d’Alain Tasma, qui remporte l’Emmy Award du meilleur film. Ou encore “Capitaines des ténèbres” de Serge Moati.

Aujourd’hui Cyril, vit entre Los Angeles et Paris. Il a écrit une centaine de musiques pour le cinéma, la télévision mais à également réalisé plusieurs films comme The Activist, Hacher’s game ou NY84. Il a également travaillé avec Madonna (Paradise) mais aussi avec le rapper Français Kery James , la chanteuse Indienne Vidya Rao et enfin l’Américaine Zera Vanghan.

Son actualité est importante ces dernières semaines avec l’intégralité de la musique de la série Borgia qui représente 4H28 de musique. Cette œuvre pourra être écoutée sur un quintuple album numérique et bientôt discographique avec un remastering pour l’occasion nommé « Collector Soundtracks Edition” (la première d’une longue série à venir). Cette dernière innove dans la façon de produire des musiques de série TV.

BORGIA

Regard du chef d’orchestre Peter Pejtsik du Budapest Symphony Orchestra.

C’était une musique très délicate à interpréter. En déchiffrant les partitions, nous avions tendance à privilégier la mélodie mais Cyril nous corrigeait immédiatement en nous expliquant que la mélodie est au second plan et que la ligne principale est le côté sombre qu’elle suggère. Dès lors, nous allions vers un jeu plus sombre et Cyril nous corrigeait à nouveau : « la musique doit être sombre mais rester légère ». C’était ainsi très délicat de trouver le ton extrêmement précis souhaité par Cyril, la musique étant très complexe et l’orchestre n’étant qu’une partie d’un ensemble très construit.
Peter Pejtsik

Cyril Morin.

Il s’agit d’un matériau tout à fait unique dans une série de télévision, en particulier pour une narration qui se déroule au XVe siècle. Cette bande sonore n’a pas réellement d’équivalent et reste vraiment originale. Composer pour « Borgia Season One » était une vraie opportunité et je me sens très chanceux d’avoir composé un tel score pour cette série.

Making of de la musique

Emission « Plus de Série » (Canal +) / Episode 10 / 9 décembre 2016

Borgia Itw Cyril Morin from MEDIA IN SYNC on Vimeo.

NEW DAWN

Le compositeur sort également un nouvel album d’inspiration jazz rock. Cet album intitulé New Dawn, met en musique un récit intime de sa carrière et de ses grandes inspirations avec notamment un hommage au magnifique bassiste Jaco Pastorius (Weather Report) et le batteur et compositeur de jazz Jacques Thollot. La sortie vinyle et numérique est prévu pour le: 22/09/2017. Il sera accompagné pour l’occasion d’un clip qu’il a lui-même tourné à New York. La version Digital: 11 titres de 54 minutes et la version Vinyle: 8 titres de 40 Minutes.
Voici les musiciens qui l’accompagnent sur ce magnifique album: William Leconte, Julien Tekeyan, Christophe Gautier et Bob Leatherbarrow.

Clip « Ballad With Jaco » de Cyril Morin. Réalisation: Cyril Morin

Enfin, depuis, 2014, il poursuit également une carrière de réalisateur avec le court métrage The application café, le long métrage The activist et depuis 2015 Hacker’s game et enfin en 2016, NY84,

Ce compositeur prolifique marque une carrière extraordianaire et révèle un artiste à multiples talents.

Je vous laisse pour l’occasion quelques éléments de liens à découvrir avec notamment des PDF sur son actualité et sur le net.

Voir les communiqués de presse de Cyril Morin en téléchargement de la série BORGIA: Format PDF.

Voir les communiqués de presse de Cyril Morin en téléchargement de son album NEW DAWN: Format PDF.

Site internet: Cyril Morin.

Ciryle Coplan.

Par Ciryle Coplan | juin 16, 2017 - 7:45 - Classé dans Articles

Pour ce mois de juin baignant sous le soleil voici un compositeur que j’apprécie beaucoup. François Staal, est un compositeur de musique de film mais aussi un auteur compositeur et interprète de chansons. Un artiste à part entière; un de ceux qui me font croire encore en un monde meilleur accompagné de ses contradictions. Des personnes comme lui ou comme notamment CharlElie Couture et bien d’autres s’expriment encore artistiquement. Bravo à vous MESSIEURS et merci à toi François pour cette interview!!!

Le compositeur François Staal. Photo Marylène Etier - aubondeclic.com

1/ Étant autodidacte en musique comment abordes-tu ce métier en équipe avec des personnes ayant étudiés la musique dans les conservatoires ou dans les écoles spécialisées ?

Alors, tout d’abord il faut noter qu’il y a beaucoup de compositeurs de musique de film autodidactes, et pas des moindres. Je pense même qu’il y a peut être une relation toute particulière entre la musique de film et l’autodidactisme. Mais, d’un point de vue concret dans le travail, c’est simple : ce qui compte c’est de ne pas essayer d’être ce qu’on est pas.
Assumer son autodidactisme et ses qualités, et ne pas courir après des choses qu’on ne maitrise pas.
Annoncer la couleur « je suis le compositeur autodidacte , nous allons travailler ensemble, j’aurai le « final cut » car je dirige, j’ai écris ce projet, cette musique, je dois des comptes au réalisateur et à la production, il m’ont choisi pour mon univers … Nous allons le magnifier ensemble, sous ma direction et dans le plaisir ».
c’est un discours qui passe très bien s’il est assumé et clairement annoncé (Et gare aux récalcitrants)
:-)
Prendre des risques est le propre du compositeur de musique de film. Lorsqu’on travaille avec quelqu’un (Pour moi ce sont les musiciens interprètes et les chefs d’orchestre) c’est pour leurs talents et leurs compétences et c’est que l’on a besoin d’eux. Donc on leur fait confiance, on les respecte, on les admire même par moment , on leur parle cash, et tout se passe à merveille. Les « grands » sont généralement modestes et généreux.
Et puis, après, on a nos oreilles, notre savoir-faire, notre expérience mais surtout une direction, un objectif et un but à atteindre … On sait bien quand on est dans la bonne direction ou pas.
On se parle, on s’explique, et c’est un bonheur !
;-)
En général mes musiciens et chefs m’aiment bien. On prend beaucoup de plaisir. Par contre, si je tombe sur une personne qui visiblement nage à contre sens et que le dialogue n’est pas possible, je ne la garde pas: « direct out », la vie est trop courte.
Je n’aime d’ailleurs travailler qu’avec des gens « Gentils ».

2/ Tu mènes une carrière d’artiste auteur-compositeur-interprète en même temps que celle de compositeur à l’image; comment se fait le passage d’une écriture à l’autre ?

Schizophrénie !??
… Rien à voir … Comme si on étais deux « inside » ! Un bi-processeur de naissance ? Un bi-coeurs ?
Il n’y a pas de relation entre les deux processus créatifs, si ce n’est mon « mètre étalon », l’émotion !

L'auteur, compositeur, interprète François Staal

3/Tu fais partie pour moi des artistes au sens noble du terme comme par exemple cet aventurier du nom de CharlElie Couture; comment trouves-tu les artistes d’aujourd’hui ?

Vaste question, résumer mon sentiment est difficile. Pour être tout à fait honnête, il y a peu d’artistes « ACI » qui me touchent actuellement, et même « avant ». Mais par contre, il y a quelques « grands » artistes, qui m’inspirent, que j’admire et qui perpétuent et réinventent magnifiquement la « chanson Française », qu’elle soit rock ou pas …
Finalement, je ne suis pas si sûr que cela soit très différent de « dans le temps ».
Les « aventuriers de la réussite » ont tendance à pulluler et à prendre toutes les « belles » places, et les « vrais » artistes rament … comme depuis des siècles !!!
Rien de nouveau sous le soleil. La culture n’est pas un acquis, c’est un mélange d’éducation et d’esprit visionnaire ou d’ouverture et de prises de risque, alors …

4/ Les artistes sont des hommes parfois fragiles, penses-tu que cette fragilité soit une qualité compatible avec le métier de compositeur à l’image ?

Hum … Globalement, je pense qu’un artiste est une personne engagée, et qu’une « surconscience du monde » nous fragilisent (Comprenne qui pourra).
Donc je dirai, oui, bien sur, la fragilité est un atout et c’est valable pour tous les artistes.

5/ Tu travailles comme la majorité des compositeurs avec les séquenceurs et VST. Beaucoup de personnes utilisent ces outils mais une critique vive semble émerger à l’égard de ses instruments virtuels pourquoi selon toi ?

La nocivité c’est, comme toujours, l’abus ! Ces outils sont absolument indispensables et ont leur belle part dans notre métier. Mais ils ne devraient pas être « réducteurs ».
En gros, un compositeur n’est pas un banquier qui finance un film en se substituant – notamment grâce aux machines – au financement de la musique, au travers d’une réduction des coûts, de la non-utilisation de musiciens, studios, techniciens, induisant une médiocrité sonore et musicale.
On pourrait dire la même chose des « plugs » de mixage par rapport à un vrai mixeur, avec un « vrai » studio de mixage : quelle différence à l’arrivée !!!
Comme avec les vrais musiciens … Mais oui, en revanche, ces méthodes de réalisation, avec des vraies personnes, obligent à beaucoup plus de travail et de précision, demandent un apprentissage et un savoir-faire ! (Dans le temps, on était souvent d’abord assistant pour apprendre).
Donc les VST ? : à la fois « génial » et « au secours » !!!

6/ Le budget d’un film en France semble ne pas intégrer suffisamment le travail et la reconnaissance du compositeur : pour quelles raisons ?

La France est un pays de paradoxes, en voici un :
- La France est un des rares pays qui considère légalement le compositeur comme un auteur, le troisième auteur du film (Ce qui veut dire que nous avons des droits LEGAUX sur la propriété du film).
- « L’école » des compositeurs de musique de film français est parmi les (Si ce n’est « La ») meilleure au monde (Regardez les Oscars à Hollywood).
Et paradoxe : les compositeurs Français en France sont (trop souvent) considérés (J’allais dire comme de la merde) comme de vulgaires amateurs. Des empêcheurs de tourner en rond, des parasites, des « compliqués », voire même des « ennemis ».
Pourquoi ???
Demandez aux producteurs, aux réalisateurs, aux scénaristes, aux diffuseurs qui pensent ça ????
Ce n’est pas à nous de répondre …
Mon idée est que c’est du au fait que personne n’a besoin de nous pour trouver les financement des films !
Si un diffuseur, (comme dans les pays anglo-saxons), disait « Ah oui, je veux bien de ton film, mais seulement si « Machin » en compose la musique ! » : alors là, de fait, on deviendrait important et notre travail avec !!!
Je crois que c’est cela la raison principale : on ne « compte » pas financièrement ? = on ne compte pas du tout !
Mais, ouf, heureusement, il reste quelques producteurs, réalisateurs et scénaristes qui se battent pour la musique de leurs films !
Mais cela deviens difficile, même pour eux. Et finalement, l’autre paradoxe c’est que même la musique de film la plus délirante, ne coutera pas très cher par rapport au coût de l’image, alors c’est bien dommage de s’en priver …
Les « gros acteurs » aussi, devraient se remettre en cause … Ils prennent trop d’argent. Désolé si je ne suis pas de « la langue de bois ».
Mais ceci n’est pas un constat aigri ! Bien au contraire, un signal d’alarme, on peut tout changer !
Changeons tout cela maintenant, et avançons vers un avenir meilleur, regardez les musiques de certaines séries anglo-saxonnes, c’est absolument formidable de qualité, et au bout du compte, cela ne coute pas « tellement » plus cher !
Vive demain !
;-)

7/ J’ai eu l’occasion et la joie d’interviewer Béatrice Thiriet et d’autres compositrices, et cette question revient souvent dans mes interviews : que penses-tu du rôle des femmes dans la musique à l’image ?

Une chose : TROP PEU DE FEMMES !
Installons un quota ?!
La place laissée aux femmes dans notre pays n’est absolument pas en relation avec la modernité et la vie.
Et ce n’est pas faute de leurs talents et compétences, mais celle d’un vieux machisme minable !
(désolé, pas le sentiment qu’il y ait à chercher loin !)

8/ Beaucoup d’écoles spécialisées construisent les compositeurs de demain. Quel est ton avis sur cet apprentissage toi qui vient d’un milieu où la musique n’a pas été assimilée dans les conservatoires et autres institutions ?

Très bien … Parfait, il faut de tout !!!!
Par contre, attention, Aie, on a pas de travail !!!!!
;-)

9/ Comment vit un compositeur aujourd’hui ? Il travaille souvent à coté de sa passion ; peut-on parler de parent pauvre de la musique à l’image ?

Oui, paupérisation, mépris, amateurisme, irrespect, baisse de budgets sont de mise dans notre métier, c’est grave ! Et violent ! Mais comme dans toute la société actuellement ! Non ? Pour le compositeur, c’est particulièrement dur car il est chef de poste, en a les responsabilités, mais pas les budgets, il n’est pas rare de manger des pâtes (… et pas des Barilla) même après 35 ans de carrière et soixante films … Je sais de quoi je parle.
Mais on reçoit aussi beaucoup d’amour, et, bon, on fait le plus beau métier du monde, alors on survit et on positive, on donne tout …
;-)

Le compositeur François Staal

10/ Quelle est ton actualité du moment et quels sont tes projets pour les mois à venir ?

Alors, pour valoriser notre métier et nos musiques, j’ai décidé de me risquer à produire un concert de mes musiques de film (et de mes chansons rock) à Bobino, avec un orchestre (Symphonique) « Symphonifilm », 30 personnes sur scène à Bobino, histoire de montrer que nos musiques (y compris celles de certain Téléfilms) peuvent vivre seules, hors image, pas pour minimiser notre belle relation avec l’image et les réalisateurs, non, bien sûr que non! Mais pour montrer que nous faisons de la belle ouvrage et pour faire vivre ces musiques qui, à mon sens, le méritent !!!
C’est risqué, je sais … Je prends du coup tout le soutien que chacun voudra bien m’apporter !
Plus d’infos très bientôt sur Lestaal.com. Le 06 Novembre 2017 à Bobino.
Projets musique de film :
Actuellement en écriture d’un beau téléfilm (en tournage) de Laurence Katrian pour France 3, produit par 3Ieme Oeil.
Divers documentaires.
Deux projets de long métrage avec Laurent Dussaux pour 2017/2018.
Pleins de concerts rock, toutes les dates ici:
MAIS, ET SURTOUT :
MON CONCERT DE MUSIQUE DE FILM ET ROCK LE 06 NOVEMBRE 2017 A
BOBINO !!!!!!

Voir les communiqués de presse sur François Staal en téléchargement: Format PDF.

Wikipédia: François Staal.
Site internet: François Staal.

Interview du 6 nov. 2011 de Benoit Basirico:

Encore merci à toi François pour cette interview.

Ciryle Coplan.

Par Ciryle Coplan | mai 22, 2017 - 4:49 - Classé dans Articles




Retour en France pour ce mois de mai avec un compositeur à qui je pourrais m’identifier dans le cadre des réponses qui vont suivre. Un garçon au talent confirmé avec cette merveilleuse couleur musicale qui fait rêver; et oui ! je suis comme lui j’aime la musique outre atlantique ou le son a de l’importance. Bien sur, les compositeurs français ont droit à un grand respect ainsi que les autres compositeurs Européens et du reste du monde. Ce blog s’ouvre à tous les compositeurs de la planète; je les adores !!!!

Le compositeur Romain Paillot

1/ Une carrière de compositeur de musique de film est une grande aventure ! Comment as-tu commencé ce métier?

Désolé je vais faire un pavé !
Mon premier contact avec la musique de film s’est fait assez tôt, en 2001. Je pense que je devais être en 6ème à cette époque.
Le professeur habituel de musique était souffrant ce jour là et c’est le remplaçant qui a décidé de nous passer un extrait d’un film « Gladiator » de Ridley Scott. La scène d’ouverture de ce film (que je n’avais pas encore vu à l’époque) ma littéralement scotché. La réalisation, le montage, le mariage parfait avec la musique de Hans Zimmer qui en 15 minutes arrive à nous exposer tous les thèmes de la BO, en passant par le suspens, l’action, l’aventure, le drame etc… Le tout saupoudré de la sublime voix de Lisa Gerrard. Bref , une révélation !
Cela m’a poussé à découvrir très vite d’autres bandes originales. Pour ce qui est du métier , la MAO n’en était qu’à ses balbutiements et j’ai très vite compris l’importance des outils informatiques. J’ai décidé vers 2003 – 2004 de me mettre à composer directement des musiques dans un style symphonique, en musique assisté par ordinateur, sans passer par la case « conservatoire ». Autant dire que mes premiers travaux étaient bien rigolos quand je les réécoute aujourd’hui !
A force de travail, d”apprentissage, de théorie musicale, je commençais à créer des morceaux de 20 – 30 secondes qui sonnaient de façon correct à mes oreilles de l’époque (c’est à dire horriblement quand je les réécoute aujourd’hui ah ah !)
Puis en 2007, après un passage inutile en fac de biologie puis de droit, j’ai intégré une école de BTS audiovisuel option son à l’École Internationale de Création audiovisuelle et de Réalisation (EICAR).
J’y ai étudié pendant 1 an et demi mais cela ne m’a pas servi à grand chose… Disons que cela était surtout l’occasion de venir à Paris et de pouvoir se créer un réseau petit à petit.

2/ Quels sont les projets qui te sont proposés dans le cadre de ton activité, et sur quoi aimes-tu particulièrement travailler?

Je travaille principalement pour de l’unitaire TV ou des séries TV . Du long métrage cinéma également. Il m’arrive également de faire des documentaires et de la publicité. J’ai fait quelques courts métrages d’animations avec l’École Supérieure des Métier Artistiques (ESMA) , j’adore car on s’amuse vraiment musicalement sur ce genre de projets (et le plus souvent on a même carte blanche ce qui est assez rare).
Je travaille également pour la librairie musicale qui est un domaine que j’affectionne particulièrement et où il y a une certaine liberté de création et même parfois beaucoup de moyens à disposition (enregistrement d’orchestre à Londres, etc…).

3/ Ce métier est constitué principalement d’un réseau où beaucoup de monde gravitent de près ou de loin. Peut-on selon toi réussir en dehors de ce réseau?

Je ne suis pas sûr de pouvoir répondre à cette question précisément. Tout est assez mystérieux dans ce milieu… Et au final on ne sait jamais vraiment comment on a obtenu tel ou tel projet. Bien évidemment il y a des réseaux, il est parfois utile d’être dans les petits papiers de certains agents, superviseur musicaux.
Mais au final c’est quand même souvent le réalisateur qui a le dernier mot et qui choisi son compositeur.

4/ Tes rêves de compositeur se sont très vite concrétisés. Combien de temps as-tu mis pour vivre de ce métier au moment ou les choses se sont déclenchées?

Fin 2007, j’ai eu la chance d’intégrer le studio d’un compositeur français , en tant qu’assistant. (Fabrice ABOULKER).
Je lui ai envoyé une démo par son site… Et il m’a répondu 10 minutes après l’envoi de mon mail.
Quand je me souviens de cette démo, ce n’était pas quelque chose d’incroyable… Mais il a du sentir un certain potentiel !!!
Pendant 5 ans, j’ai pu voir ce métier de l’intérieur en assistant aux spotting sessions avec des producteurs/réalisateurs.
En travaillant sur des projets aussi divers que des téléfilms, des séries, de l’animation, spectacle son et lumière…
Je faisais des choses assez diverses: montage musique de séries d’animations, enregistrement de chanteurs, de musiciens, programmations de samples, mixage, compositions et arrangements… En tout cas c’était une période sympa où on s’amusait bien avec une équipe de 4 – 5 personnes !
Puis en 2013, j’ai quitté ce studio pour voler de mes propres ailes. Je commençais à avoir quelques projets solo et une série TF1 « Interventions » a précipité les choses.

5/ Quels conseils donnerais-tu à des jeunes qui veulent tenter cette aventure?

Quelques conseils peut être évidents pour certains mais être persévérant, endurant, travailler son « art » constamment. Être en veille sur les nouvelles technologies, les nouvelles librairies de samples, les nouveaux plugins… Ce qui se fait musicalement chez le voisin… c’est toujours important! C’est aussi important d’avoir confiance en sa musique. Vous aurez toujours des critiques sur votre musique (même parfois injuste) mais il faut persévérer, écouter son instinct, travailler et cela paie toujours !!

6/ L’interprétation par un orchestre reste quelque chose de magique. Que penses-tu des VST et autres séquenceurs, qui sont le quotidien de beaucoup compositeurs.

J’en pense du bien ! Les VST et séquenceurs restent des outils primordiaux à notre époque.
Les librairies de samples sont de plus en plus incroyables même si on commence à atteindre un « palier » infranchissable qui fait que le vrai orchestre aura toujours une grosse longueur d’avance.
Mais, c’est de moins en moins évident, cela dépend aussi beaucoup du style… Enregistrer un morceau de cordes à base de Pizzicato n’a pas un énorme intérêt en soi par rapport à la version « virtuel ».
De même, enregistrer un morceau d’action à la Batman Begins avec un orchestre à Budapest est risqué car ce style requiert un ingénieur du son chevronné, un très bon studio, et un orchestre ultra rodé (et du mélange avec l’orchestre virtuel). Il vaut mieux parfois privilégier les samples sur ce type de morceau si on a pas Londres et mélanger un peu avec le vrai.
En revanche, enregistrer un morceau émotionnel de cordes qui commence pianissimo et fini en apothéose rendra toujours infiniment mieux en vrai.
A l’heure des budgets musiques serrés, on se pose un peu ce genre de questions lorsqu’on veut enregistrer. Tout n’est pas forcément mieux en « vrai ». Cela dépend de la musique qu’on enregistre et du budget à disposition.

7/ La musique lorsqu’elle est un métier; comment s’organise une journée de travail entre la création et les commandes?

Il y a une certaine liberté d’emploi du temps quand on est compositeur. C’est plutôt agréable.
Quand on a une deadline urgente (souvent en TV) , il n’y a pas le choix, pas le temps de réfléchir, il faut composer, être efficace. C’est souvent du 9H – 3H du matin 7J/7 pendant quelques semaines.
Sur d’autres projets où il y a plus de temps (et où souvent la vision artistique prime sur le simple fait de livrer en temps et en heure), je me permet de « procrastiner » , de me balader, de faire d’autres choses que d’être au studio… Pour trouver l’inspiration et créer quelque chose de plus intéressant musicalement.
Lorsque je me trouve dans une période « entre projets » , je mets à jour les machines, je cherche de nouveaux sons , je travaille beaucoup sur l’ergonomie du studio comment rendre les machines plus stables, plus performantes (je suis un peu un geek en informatique). J’écoute beaucoup de musiques, je rattrape les films ou séries que je n’ai pas encore vues…

8/ Le style américain semble beaucoup t’inspirer. Que penses-tu du cinéma et des compositeurs Européens?

Il est vrai que je préfère le cinéma américain. Je trouve que les films américains ont cette capacité à nous transporter dans un autre « univers ». Les films européens sont souvent plus « terre à terre », plus « réalistes » , ce qui est très bien aussi. Mais du coup c’est parfois plus compliqué musicalement où l’on doit être plutôt dans l’intimiste et dans une musique plus « légère », et c’est vrai que c’est un peu moins mon univers, pour le moment du moins, c’est amené à évoluer !!
Pour ce qui est des compositeurs européens, il y en a beaucoup que j’apprécie. Pour les français, Bruno Coulais bien sur, Philippe Rombi (quelle écriture et maitrise de l’orchestration et quelle justesse par rapport à l’image !!)
J’apprécie aussi particulièrement Guillaume Roussel et Erwann Kermorvant, qui m’impressionnent à la fois dans leur maitrise de l’écriture orchestrale et à la fois dans leur maitrise du côté électronique , ce n’est pas courant !!!
Chez les compositeurs espagnols , Fernando Velázquez et Roque Banos vont faire de plus en plus de bruit à l’avenir ! (Quelques minutes après minuit et Au Coeur de l’océan)

9/ Quels sont les compositeurs dont l’influence a marqué ton esprit et qui aujourd’hui t’influence encore?

Je pense qu’on cerne assez vite mes influences.. si je devais résumer: Hans Zimmer, James Horner, Joe Hisaishi, John Williams (en toute modestie bien sur) avec une pincée de Danny Elfman et Harry Gregson Williams pour le côté mélange orchestre et électronique. C’est simple, pendant toute mon adolescence, je n’ai presque écouté (en musique de films) que ces 6 compositeurs… Ils représentent tout ce que j’aime dans la musique de film !!

10/ Sur quels projets travailles-tu actuellement et quel est celui qui te tiendrait le plus à cœur de réaliser?

J’ai terminé la BO d’un film tourné en langue anglaise dont je suis assez fier car c’est un film d’action et j’ai toujours rêvé d’en faire un ! : Crystal Inferno avec Claire Forlani et Jamie Bamber et réalisé par Eric Summer avec qui j’ai déjà collaboré par le passé sur « Interventions » (TF1)
Musique symphonique enregistrée à Prague. J’espère sortir la BO sur les plateformes digitales cette année.
J’ai pu également faire la musique d’un spot de sensibilisation qui me tient à cœur : Laurette Fugain.
Avec le réalisateur Pierre Noguéras cela a été un coup de cœur. Il adore ma musique, et j’adore ses films !
Il a saisi toute l’importance d’une musique avec des thèmes et une musique qui raconte des émotions fortes plutôt qu’une musique d’ambiance comme ce qui est un peu à la mode en ce moment.
Je pense que nous ferons de grands films et BO dans un futur proche. Il prépare d’ailleurs son long métrage pour l’an prochain.

Laurette Fugain from AGENCE GASPARD on Vimeo.


Je travaille en fin d’année sur un album type « musiques de films d’aventures » destiné à la synchronisation TV / bandes annonces cinéma édité par un poids lourd de la librairie musicale. Je te ferai écouter en avant première !!

Merci à toi Romain pour la sincérité de tes réponses et bravo pour ton travail.

Romain Paillot en séance

Crystal inferno

Site internet: Agence Gaspard.
Soundcloud: Romain Paillot.

Ciryle Coplan.

Par Ciryle Coplan | avril 18, 2017 - 6:43 - Classé dans Articles

First interview of an American composer. Jeff Rona was a member of Hans Zimmer’s Media Ventures. His credits include Sharkwater, Traffic, God of War III, Phantom and Veeram. Rona has been chronicling his experiences in the film music world over the past several years in his column in Keyboard Magazine’s “The Reel World”. The column, which is also the basis of his major book on film music, is read worldwide.

1/ how many hours (more or less) do you work a day?

It is different every day. But when there is a deadline, I sometimes work all day and all night to finish. A composer can never miss a deadline! But on an average day I work from early morning until dinner. I try to leave some evenings for relaxation or time with my family.

2/ As many composer around the world, you chose to share your passion for music and sounds. The sound is the major component of the music in the US, sometimes ever more than the musical writing: why is that so?

There are now so many styles of composing and scoring pictures. Some composers are very happy to write more traditional music with melodies and harmonies. At the same time there are composers who are working only with electronics and more ‘sound design’. I am in the middle. My work is very electronic, but I still enjoy writing melodic music. I wouldn’t call it traditional, but it uses both traditional and contemporary ideas and elements.

3/ More and more, “sound disign” steped into the audiovisual productions. The introduction of this aspect of creation raises questions among musicians. What is your point of view?

If you mean the use of sound design in scores, it’s very true. It’s easy to say that American television music is very much based on sound, often very abstract. It’s just a stylistic choice. In all likelihood it will change to something melodic or different in the coming years, because from scoring is always changing. I believe it’s important for composers today to have at least some ability to work in a more sound design style, as well as more traditional styles. My own music is always a combination. Some scores or more like sound design, but will always have some emotional elements of melody and harmony. I think it’s valuable to mention that even sound design style scores can, and I think should, be done with a combination of electronic and acoustic instruments. Too much reliance on any one tool or instrument can lead to things sounding a little bit too much the same. And for composers who rely strictly on commercial sound libraries (and there are so many of them) you start to realize their scores start to sound like other people’s scores very quickly.

Jeff Rona Composer

4/ Some European composers work in the United States. How do you identify this “european touch” that makes it different from US production in the american cinema? What do you think of it?

There’s a great deal of variety among the European composers I know. I don’t think they represent any one single approach for philosophy of music. However, I think it’s safe to say that European musical education is much more traditionally based than American music education. And that’s a good thing. I’ve definitely noticed a more subtle and deep view of melody and voice leading in many European composers. American compostition students tend to be a little more experimental.

5/ You Jeff Rona, Hans Zimmer, among others are considered as references within the new generation of composers: what do you think of this phenomenon?

I’ve had the pleasure of working with many truly wonderful composers who have been very helpful to me in learning the craft and business of scoring. It’s a very important relationship between young composers and more experienced ones who help them learn the craft and business. It’s almost impossible to do when your own, though some do.

6/ French film music composers (“music in the image”) are concerned about their job and future. What about the american composer’status? What about its future?

Today there is more competition for jobs, but also many more opportunities than in the past. So that’s good and bad. There are more and more universities and music schools offering classes and degrees in film composition. Every year several hundred young composers graduate from school and come looking for work. Honestly, there isn’t enough work for all of them. Producers and directors are looking for composers who have interesting ideas, excellent production technique, but have a few projects on the resume that they’ve already done. It’s always the most complicated thing about getting started. What will be that first job to hire you? I think that to be taken seriously as a new composer you need first to be a good writer, second to be a great producer, and third to have a good sense of business and relationship building. You need all these things to have a chance. And certainly working with a more experienced composer is the perfect way to grow and all those ways. Working in this field requires a very deep knowledge of technology, and that must not be ignored. It’s not only our job to compose music, but to produce the final recording. In fact that’s our only job. A good composer also needs to continue to develop and refine their work. If you do the same score over and over, you will stop getting hired. So composers must always grow as artists.

7/ You have been a computer-aided music pioneer. Nowadays, composers use the sequencer on daily-basis. What do you think of it?

Working with computers has become so normal I don’t even think about it. Yes, I was among the first, but that doesn’t really have much meaning anymore. There are approximately zero composers working with anything else than a computer and sequencer software. It’s the same with writers who have abandoned typewriters or pencils to use computers and word processors. Yes, there are a few, but not really. I look at my computer as just another instrument. The more skill and virtuosity you have, the more creative you can be. And it has given so many more people the opportunity to try their hand at composing who would not of been able to back when it required paper, pencil, and then orchestra. This is definitely a better time, as long as composers always strive to find a unique sound in a world where everyone uses the same samples.

8/ If you had not been a music composer, what job would you have done?

I had always planned to be a photographer, or a visual artist. I spent a short time writing software, although for music technology, but I enjoyed that for a little while and it was very satisfying. Maybe that would be my next job!

9/ What is your point of view regarding the “film music industry” in today’s world?

More and more people are paying attention to film music, which is a wonderful thing. There are more and more live concerts of film music. Film composers are looking into becoming more like concert composers. The diversity is very nice. On the other hand, there’s so much more low-budget production that many composers have to take on as many jobs as possible to make the same kind of money they used to make a few years ago. Even very well-known and successful composers take lots of very small jobs to keep themselves going. So the business is growing, but not in every way, and composers often look for more things to do. Many have turned to writing for music libraries as a way to find new income. So it is a complicated and changing world, but smart composers who keep refining their creative abilities continue to find good work.

10/ What are your next musical projects? What are you passionate about outside music?

I am busy these days. I am scoring a documentary feature, a TV series, a feature film very soon, and a video game score. So there is little time for other things. I do paint and do photography when I have time. And I love going to museums and art galleries. I have a family with my wife and two daughters and I make time to be with them as much as possible.

Jeff Rona Composer

Sincere thanks Jeff!!

SoundCloud: Jeff Rona.
Web: Jeff Rona.

Ciryle Coplan.

Par Ciryle Coplan | mars 1, 2017 - 7:43 - Classé dans Articles

Je vous présente ce mois-ci un nouveau compositeur. Un homme d’invention aussi bien dans la composition que sur le plan sonore. Après plusieurs années d’études en acoustique, Thierry Malet, a évolué dans le monde de la musique pour ce faire aujourd’hui une place dans ce périlieux métier de la musique à l’image.

1/ Vous faites partie de ceux qui disposent d’une société de post-production avec du matériel adapté à la demande. Quel est votre point de vue sur cet outil de travail ?

C’est un peu comme de changer de voiture. Passer de la Twingo à trois cylindres à la dernière Jaguar xf, C’est à la fois puissant et très confortable… En d’autres termes, c’est un peu comme de disposer d’un bras armé. Fini l’écriture à l’encre de chine sur papier jauni… Il est primordial pour un compositeur de s’adapter aux nouvelles technologies et en particulier à la réduction des délais de fabrication. Mais il faut aussi innover et sans cesse s’améliorer techniquement. Le fait d’avoir eu la formation à la fois technique et musicale m’a été de ce point de vue un avantage certain. Pour prendre un exemple, le développement d’une spatialisation 3D baptisée « UMIDI
System » qui me permet aujourd’hui de concurrencer les plus grosses structures Hollywoodienne…

Spatialisation 3D baptisée « UMIDI System ».

2/ Vous avez commencé votre carrière sur le film documentaire. Quelle est la différence entre vos débuts dans ce métier et votre regard sur l’activité d’aujourd’hui ?

Alors que la demande de musique de film a littéralement explosée du fait de la multiplicité des supports et du web, la part créatrice a été réduite à une peau de chagrin. Les musiques de documentaire étant devenues gratuites et sans rétribution possible en matière de droits d’auteur, on assiste à un recyclage systématique et à une production sans moyen. Cet appauvrissement bien réel provient en grande partie d’une réduction des revenus possibles. En fait, tant que la part du chiffre d’affaire d’internet reversé aux auteurs ne dépassera pas 1% tous canaux confondus, on ne pourra pas s’attendre à une amélioration dans ce secteur.

3/ Votre parcours structuré en matière de son vous donne une maitrise aussi bien technique qu’artistique. Quelle est votre vision du métier sur l’impact psychologique du Sound design voire même de la musique dans les productions ?

Je me permets de distinguer « sound design » de Musique originale même si dans certaines productions on ne fait pas vraiment la différence. Si la musique est devenue parfois du pur sound design c’est que peut-être on ne s’est pas assez posé la question suivante : dans cette scène, la musique est-elle nécessaire ? Si elle est devenue à l’état d’habillage c’est qu’elle ne distrait pas le spectateur et donc son utilité est à remettre en cause à mon avis. A contrario, le travail parfois extrêmement sophistiqué des bruitages « sound design » peut apporter un contraste étonnant et mettre ainsi en lumière la musique qui apparaitra dans une autre scène. L’autre particularité c’est que certains sound designers ont compris que parfois l’ajustement des sons exigent la parfaite maitrise de la hauteur et la complémentarité des timbres et l’ajustement de sons speudo périodiques, c’est-à-dire des sons dont on peut percevoir la hauteur… De ce point de vue, on se retrouve pas très éloignés d’une partie des exigences propre à la composition d’une musique originale.

4/ On compare souvent la musique au jeu des acteurs. Elle entre en scène puis évolue pour disparaitre. Comment se fait ce travail de mise en scène « musicale » avec un réalisateur ?

On s’attache à la fois à la nécessité de la musique sur une scène puis au travail des thèmes afin qu’il y ait une homogénéité sur l’ensemble du film mais également des contrastes intéressants. En revanche, si je compare la musique à un acteur, c’est toujours pour me poser la question de son utilité. Si dans une scène de comédie les acteurs sont suffisamment bons, il n’est pas nécessaire de stabiloter leur jeux… Cela n’ajoute que de la lourdeur…

5/ La musique c’est souvent de l’émotion lorsqu’elle est écrite, orchestrée puis jouée par des musiciens. Beaucoup de productions demandent aux compositeurs l’utilisation des séquenceurs et des VST. Quel est votre rapport avec cet outil et que pensez-vous de son impact ?

La première raison repose sur la corrélation du bruit inhérent à la chaine électroacoustique. Je m’explique : Lorsque l’on place un micro devant un piano de qualité, et que l’on joue deux notes successivement en appuyant sur la pédale de sustain. On obtient un son riche, puisque toutes les autres cordes dont la fréquence de résonnance est proche du multiple de ces deux notes vibrent en même temps. A l’enregistrement, nous obtenons notre accord musical auquel s’ajoute un niveau de bruit de fond. Ce bruit provient de l’imperfection du processus de prise de son et l’on fera en sorte de l’entendre le moins possible. Lorsque l’on simule un piano, il va nous falloir enregistrer les notes séparées les unes des autres avec des attaques différentes. Mais lorsque l’on va rejouer nos deux notes via notre sampleur, le bruit de fond sera double puisqu’il sera corrélé, c’est-à-dire qu’il sera identique puisqu’il s’agira de 2 prises de son réalisées avec la même chaine électroacoustique. S’il est identique, cela signifie surtout que son niveau sera plus élevé et donc forcément plus perceptible. Faîte le test vous même avec un sampleur de type Kontakt et lorsque vous plaquerez un accord de six ou huit notes, un souffle émergeant au-dessus du son musical de l’accord va apparaître progressivement. Il nous faut donc filtrer chacune des notes pour chacune des attaques et qui dit filtrage dit détérioration du son immanquablement. J’ai un simple piano droit d’étude Yamaha à la maison avec une caisse d’1m30 de haut, et il bat tous les pianos numériques en richesse de timbre et en tenue de note. Alors que dire des pianos à queue enregistrés dans des studios de qualité…
Enfin, l’expression se trouvera toujours réduite du fait de la quantisation des attaques et du travail numérique de retraitement qui nous permettra de simuler la résonance de la pédale de sustain. Si vous désirez soigner votre expression et qu’on vous offre le choix entre le plus chers des pianos numériques et un piano acoustique, je vous conseille vivement d’opter pour l’acoustique.
Le deuxième élément reste le timbre. Demander à un orchestre de jouer note après note avec diverses attaques et stocker ces notes sur un sampleur. Une fois le filtrage effectué (afin d’éviter la corrélation du bruit de fond) vous obtenez un timbre qui varie en fonction du nombre de notes jouées. Pourquoi ? La raison est fort simple. D’un point de vue physique, si vous jouez un accord de trois notes sur votre sampleur à la hauteur de la section des 12 premiers violons I, cela correspondra à ajouter en couche, trois fois le jeu de la section des violons I. Vous passez ainsi du timbre d’une section de 12 premiers violons à une section de 38 violons. Pour compenser ce phénomène, il va falloir compresser sans cesse le son pour qu’il devienne aussi homogène que celui d’un piano. Même si la correction d’amplitude reste calibrée grâce à ce subterfuge numérique, il entraine la limitation des sons de grandes amplitudes (ce qui est le but recherché) mais également la rehausse de sons de très faibles dynamiques. Or ces sons sont aussi responsables de la signature du timbre et de sa richesse et provoque une variation audible. Donc, là encore après la compression, il va nous falloir filtrer intelligemment afin de simuler convenablement nos cordes.
Dernier point, si vous localisez facilement lors d’un enregistrement acoustique chacun des instruments, si vous les placez note à note vous perdez la notion de phase, c’est-à-dire la géolocalisation des instruments dans l’espace et de ce point de vue le son perd de sa clarté de sa brillance, bref il devient flou et rajouter une réverbération ne fera qu’accentuer le phénomène. A contrario, conserver la phase lors de l’enregistrement d’un orchestre, (ce que s’attache à faire en principe tout bon ingénieur du son) et vous conserverez cette spatialisation 3D.

6/ le Sound design, la musique préexistante voire le Temptrack sont des éléments très utilisés dans les productions. Quel est votre rapport de compositeur avec ces éléments ?

Le temptrack (Temporary Track) est nécessaire car il permet de cerner précisément le cahier des charges de la musique. A moins de faire à l’ancienne et de se voir fort déçu au moment de l’enregistrement définitif. Un peu comme Hitchcock qui va rejeter en bloc toute la partition de Bernard Hermann à la première séance d’enregistrement de la musique du film « Le rideau déchiré » (qui porte bien son nom). C’est risqué et inutile. Bien sûr le principal travers de cette méthode c’est d’enfermer et de restreindre le compositeur dans un rôle de recopiage. Personnellement, je préfère cette méthode du Temptrack car elle permet d’aborder des styles musicaux très différents et surtout de décrypter précisément les attentes des producteurs et des réalisateurs.
Le piège c’est de ne pas savoir d’en détacher suffisamment et de ne pas être capable d’apporter des éléments novateurs pour faire oublier le Temptrack de départ et servir le film. A ce titre, pour les compositeurs qui ne sont pas mélodistes, cette méthode va devenir leur pire cauchemar. Un peu comme le roc de Sisyphe qui sans cesse poussera la pierre au sommet de la montagne à la recherche d’une mélodie originale pour la voir retomber et recommencer son ascension perpétuellement…

7/ La foi est un élément à prendre en considération dans l’évolution de carrière d’un compositeur de musique de film. Peut-on la comparer à une sorte de religion ?

La foi et l’espérance sont bien mal lotie aujourd’hui. La société nous pousse à ce choix crucial et parfois mortel d’espérer ou de désespérer. Mais l’espérance ne ressemble en rien à la rêverie béate des sots qui ignore la douleur du monde. C’est une vertu de courage, de conquête contre la tristesse pour une joie supérieure. Aujourd’hui cela signifie être fort et voir au travers de la bourrasque pour avancer et hisser la grand-voile. Quoi de mieux dans ce combat que l’art et la musique pour l’annoncer et le révéler ? La petite fille espérance ne mérite-t-elle pas qu’on lui consacre ce qu’il y a en nous de meilleur et de plus beau ?

8/ Vous êtes un homme qui allie travail et famille. Dans ce cadre, comment abordez-vous votre métier en adéquation avec votre famille ?

Comme j’ai eu la chance de construire ma maison autour de mon studio, c’est-à-dire sans aucune conduction solidienne entre les parois de mon studio d’enregistrement et les murs de ma maison (box in the box comme disent les anglo-saxons), je ne suis aucunement perturbé par les bruits da la vie quotidienne. Mais en revanche, cela me permet d’être toujours très présent auprès de ma famille et si l’un de mes enfants désire s’entretenir avec moi ou me poser une simple question, je suis là.

9/ L’enseignement de la musique est aussi un élément important dans une carrière. Avez-vous transmis cette vocation à l’un de vos enfants d’une part, et d’autre part, fait-elle partie de leur enseignement en général ?

Je les ai tous mis au conservatoire en leur imposant un instrument et ils en sont tous sortis pour revenir chacun personnellement avec leur propre instrument. Les deux ainés ont formé un groupe avec un copain bassiste. Ils composent parfois avec acharnement et ont même décroché une demi finale au concours Emerganza à l’Alambra, dans la salle où Johnny Halliday a fait ses premiers accords de guitare. J’avoue que j’étais fier d’eux.

Thierry Malet et la direction d'orchestre.

10/ On parle souvent de la faible présence des femmes dans ce métier. Quel est votre point de vue à ce sujet ?

C’est très difficile dans un milieu d’hommes d’exercer une autorité et de se faire remarquer. Un peu comme si l’on cherchait un mec viril pour jouer de la harpe en finesse. On pense toujours que c’est impossible pourtant il y a une véritable sensibilité qui peut s’exercer et enrichir la partition d’un film. Même si les obstacles comme la direction d’orchestre ne sont pas évidents au premier abord, ils valent le coup d’être surmontés. J’avoue que même parfois je trouve gênant qu’une compositrice ne puisse travailler que parce que le réalisateur est une femme. Je pense qu’il peut y avoir une vraie richesse de complémentarité d’approche différente pour un réalisateur qui collaborerai avec une compositrice comme pour une réalisatrice qui collaborerai avec un compositeur. J’ai eu la chance de croiser Laura Karpman au Studio Smecky de Prague, celle qui a composée avec brio la musique de la série Taken produite par Spielberg et j’ai trouvé que son approche bien que proche de John Williams avait une sensibilité très personnelle et intéressante à décortiquer. Pourtant elle a dû affronter les exigences de pas moins d’une dizaine de réalisateurs masculins… Comme quoi tout reste possible…

Site de: Thierry Malet.

Encore merci à vous pour cette interview et ce nouveau système de spatialisation 3D révolutionnaire !

Ciryle Coplan.

Par Ciryle Coplan | février 7, 2017 - 10:07 - Classé dans Articles

Nouvelle interview d’une femme compositrice aux multiples talents. Pianiste et compositrice: un non- choix pour notre plus grand bien ! J’apprécie beaucoup la personne et la musicienne.

Photo de Bernard Martinez.

1/ Nous avons déjà eu l’occasion de nous rencontrer. La chose qui m’a surpris le plus chez toi c’est ta spontanéité et ton sens de l’observation presque, quelque chose d’instinctif. En matière de musique, quelle est ta part d’instinct sur une composition ? 

La source d’inspiration qui me mène au besoin de composer est un acte purement instinctif. C’est une pulsion qui naît de l’observation constante du monde qui m’entoure et de l’humain.
Par contre, l’écriture à proprement parler se nourrit d’un tas de recherches dans des domaines tous aussi différents que variés. Tout m’intéresse, même ce qui est loin de mes convictions profondes, ou de mes intérêts immédiats.
Une fois mes démarches intellectuelles et mes recherches accomplies, j’ai le sentiment que la musique s’écrit toute seule, d’un souffle continu et presque ininterrompu. Je dis « presque » car il y a des jours « sans », pendant lesquels je peux tourner en rond, sans rien coucher de bon sur la partition. Ces journées sont fort heureusement rares, mais source d’une très grande frustration.

2/ Tu as dirigé une classe de musique à l’image dans un conservatoire. J’ai assisté dernièrement à une soirée consacrée à la semaine du son, présidée par Gréco Casadesus.  Quel est selon toi la différence entre le son (Sound Design notamment) et la musique ? 

La lisière entre un certain type de musique et le sound design peut être très subtile. Quand la musique exprime essentiellement des textures sonores, ou recherche un effet de fusion avec le bruitage d’un film, quand la musique ne veut pas émerger en tant que personnage, mais nous immerger quand même dans un état d’âme particulier, on est plus proche du sound design que de la composition musicale à proprement parler. Mais le sound design n’a pas une identité forte et identifiable en ligne générale, ce qui fait qu’on ne peut pas l’apparenter à la création musicale.
Il y a toutefois des expériences de musique concrète qui pourraient à leur tour être assimilées au sound design, si ce n’était qu’elles revendiquent une organisation et une structure plus complexe que le sound design lui-même.
Il est évident que si on compare une symphonie de Mozart à du sound design, on ne se pose pas la question.

3/ Tu fais partie de ces femmes qui travaillent dans un milieu essentiellement masculin ; quel est ton point de vue à ce sujet ?

Être femme n’a jamais été un obstacle extérieur pour moi. Je n’ai pas l’impression qu’on me considère comme une femme dans mon milieu professionnel : je suis une compositrice.
Par contre, la vie de femme est intrinsèquement plus complexe dans un métier qui impose des rythmes très changeants et surtout une occupation de l’espace mental totale. Le problème se pose surtout quand de femme… on devient mère. Il m’a été très difficile, aux abords de la maternité, de gérer mon métier qui est aussi ma passion, avec ma vie familiale.
Aujourd’hui que mes enfants sont plus âgés et donc moins dépendants de moi, je m’octroie plus facilement du temps où je n’existe que pour la musique.

4/ quels conseils donnerais-tu à une jeune femme, voire même moins jeune, qui veut faire ce métier ? 

Les mêmes que je donnerais aux hommes : il faut acquérir un immense bagage de compétences. Les moyens technologiques d’aujourd’hui peuvent donner l’illusion qu’on peut se passer de certaines étapes dans les apprentissages. Ne nous leurrons pas : pour aller loin et être reconnus grâce à une empreinte musicale personnelle et de qualité, il faut du travail, beaucoup d’acharnement et une certaine confiance en soi -même.
J’ai eu des jeunes et talentueuses étudiantes en musique de film qui m’ont raconté avoir eu des soucis pour être prises au sérieux car leur capacités étaient effacées par leurs charmes. Je pense que dans ce milieu de travail, il ne faut séduire que par la musique.

5/ Quel est selon toi le rapport à l’image chez un compositeur ?

Je pense que le rapport d’un compositeur à l’image est très subjectif. Dans mon cas, que je compose pour le concert ou pour l’image, j’ai une vision très imagée de la musique. Je me raconte une histoire, je visualise des images, des couleurs, des décors pour mes pensées musicales. Si je le pouvais, un jour, j’aimerais bien faire mes propres films. D’ailleurs, j’ai toujours écrit : des textes pour mes œuvres vocales, mais aussi extra-musicaux, des essais, des poèmes…

6/ Tu es pianiste et compositrice : sépares-tu ces deux activités ?

Je n’arrive toujours pas à faire le choix entre ces deux passions.
À l’origine de mes études, j’avais envisagé une carrière de pianiste. J’ai consacré les 20 premières années de ma vie entièrement à cet instrument. J’ai fait une énorme quantité de compétitions, de concerts, mais j’ai vite senti qu’essayer d’exprimer le monde intérieur d’autres individus était frustrant, car la distance du temps rendait cela impossible. Puis il y a un côté presque maniaque chez les musiciens interprètes : toujours à la recherche du détail le plus subtil qui doit amener à trouver LA manière de jouer ceci ou cela. Moi je voulais raconter quelque chose qui vienne de moi, je voulais prolonger en musique mes réflexions, partager mon monde intérieur.
Quand j’ai commencé à composer, j’ai longuement boudé le piano. J’avais besoin de m’en détacher, d’exister par moi-même, par mes pensées en utilisant toutes les couleurs des instruments de l’orchestre.
Ce n’est que récemment que je reviens au piano. Mon dernier album DUALITIES lui est entièrement consacré ; mais je trouve un autre plaisir à jouer ma propre musique avec l’instrument que je maîtrise et puis, quand j’ai des doutes sur l’interprétation, je peux poser la question au compositeur ;-)  !!
J’ai besoin de la scène, de ce partage direct avec le public, donc je fais une garde partagée entre le piano et la composition.

7/  Que penses-tu du rapport à l’image chez les américains et de leur organisation dans le cadre d’un projet musical. Je pourrais également te poser cette question dans un cadre français ? 

Le langage musical dans le cinéma américain devient de plus en plus codifié pour mieux répondre à des exigences de marché standardisées. Il ne prend que peu souvent le risque de surprendre, ou encore moins de choquer. Puis la relation artistique entre le réalisateur et le compositeur est filtrée par toute une escadrille d’assistants, orchestrateurs, superviseurs etc….
Il y a toujours des personnalités qui sortent du lot. Moi j’aime tout particulièrement le travail de Michael Giacchino. Généralement, quand la musique d’un film commence à attirer mon attention, je me rends compte qu’elle est de ce compositeur à la patte sûre et unique. D’autres compositeurs à la signature marquée sont en revanche comme des acteurs auxquels on demanderait toujours le même rôle. On les appelle toujours pour le même style de film et ils finissent par faire toujours la même B.O.

En France, les choses se passent peut-être encore différemment, même si le panorama commence à s’aligner sur ce qui se passe aux USA. J’ai eu la possibilité de discuter avec des compositeurs du grand circuit qui se plaignaient d’être poussés par les producteurs à faire appel à des orchestrateurs, arrangeurs etc…, mais qu’ils n’en avaient pas envie car l’orchestration est un élément essentiel pour définir la couleur et la signature unique d’un compositeur. Laisser orchestrer sa propre musique par quelqu’un d’autre reviendrait à lui laisser une emprise sur la forme du message et son unicité.

8/  Quel sont les compositeurs de musiques de films qui t’ont marquée ?

Sans l’ombre d’un doute : Nino Rota. Cet immense compositeur qui n’aimait pas le cinéma à réussi à établir un lien unique et personnel avec l’image qui reste à mon avis inégalé. De plus, on peut écouter sa musique sans voir les images auxquelles elle était destinée, et l’apprécier pour elle-même.

9/ Les compositeurs de musiques de films semblent ne pas partager les même intérêts du métier notamment au niveau de la SACEM ; que penses-tu de cela ?

La SACEM a pour vocation de gagner à travers notre travail de compositeurs en donnant en échange une protection et rémunération de droits. Il y a encore 20 ans, la SACEM avait aussi un rôle très important dans la promotion des créateurs. Aujourd’hui, les choses ont beaucoup changé car la SACEM ne finance que les retours d’investissement certains, et forcément finit par ne financer que ce qui devient de plus en plus commercial. Eux aussi ne prennent plus de risques… Mais tous, nous courons le danger de voir plonger la création dans l’aberration du cliché et du consommable.

Photo d'Alexandre Dubosc.

10/  La musique, tu l’as déclinée sous toutes ses formes et sur de nombreux supports, quels sont tes projets actuels ?

Actuellement je prépare des projets pour le Festival Présences Féminines 2018. Ce Festival entièrement consacré à la composition et à la découverte ou redécouverte de tant de talents féminins, me fait le plaisir et l’honneur d’en être la marraine l’année prochaine. Je voudrais développer un projet sur la Nature en collaboration avec les écoles. Je vais devoir répondre à une commande dédiée à une compositrice du passé, et animer une session qui sera exceptionnellement consacrée à la musique de film au féminin à cause de mes multiples casquettes. D’autres projets à venir également avec la danse et la haute-couture. Je compte aussi sortir un nouvel album consacré à la voix courant 2017.

Site de: Tiziana De Carolis.
Un reportage de TV5 monde paru lors du B.O. Concert en 2014.

Ciryle Coplan.

Par Ciryle Coplan | janvier 18, 2017 - 1:23 - Classé dans Articles

Pour ce début d’année, j’ai eu envie de présenter une femme, compositrice de son état, une expression artistique incontournable du cinéma français : Béatrice Thiriet. Elle sera aussi l’ouverture j’espère vers d’autres articles à consacrer aux femmes artistes de la profession. De nombreux échanges, sa passion du métier, et une gande patience de sa part, ont permis la réalisation de cet article : merci Béatrice !

Béatrice Thiriet.

1/ Quel beau parcours que le tien, avec cet angle qui caractérise l’artiste au sens noble de la profession. Dans cette aventure, quelle est aujourd’hui la chose qui continue à te porter?

Merci de ces beaux compliments … Je crois que ce qui a tracé cette route, qui caractérise mon cheminement et m’aide aujourd’hui à le continuer, c’est le talent : celui des cinéastes … qui me confient leurs films, qui me racontent leurs scénarios, qui me confient souvent en amont leur projet… Je me souviens du jour ou j’ai découvert les premières images de Lady Chatterley (Pascale Ferran ) : un bout à bout de quatre heures… J’ai tout de suite compris qu’il s’agissait là de quelque chose de magnifique… Ça s’appelle un chef d’oeuvre… J’étais enthousiaste, j’ai appelé la réalisatrice pour le lui dire, le producteur aussi (Gilles Sandoz)… Ils m’ont remercié et j’ai senti qu’ils ne se rendaient plus compte ; ils étaient fatigués, trop dedans !! Alors j’ai pris le relais, et j’ai composé la musique … C’est un beau souvenir.
Récemment, j’ai travaillé avec Dominique Cabrera sur un film intitulé Corniche Kennedy qui sort en ce moment (le 18 janvier 2017). Là encore, j’ai compris en arrivant sur le film qu’il se passait quelque chose de rare et de beau ; ça m’a inspirée et portée …

Séance de Corniche Kennedy

2/ Je t’ai vue dernièrement lors de la projection du documentaire réalisé par Jérôme Diamant-Berger consacré à Georges Clémenceau, et dont tu as composé la musique. On dit souvent que la musique joue un personnage dans le film ; tu joues également le rôle de Marguerite Baldensperger dans cette réalisation… Que penses-tu du lien entre personnage et musique ?

Le rôle de Marguerite a été une surprise pour moi … Je pensais au début faire une chose qui, en soit, était déjà assez extraordinaire : le réalisateur, Jérôme Diamant-Berger m’a demandé d’accompagner le film muet que son grand père Henri Diamant-Berger avait réalisé sur et avec Clémenceau. Et il m’a proposé de me filmer en train d’accompagner le film…
C’était déjà en soit une prouesse, car j’improvise lorsque j’accompagne des films muets. On l’a fait et refait, car au cinéma on vous filme sous plusieurs angles… A ma grande joie, ça s’est bien passé… Ensuite, j’ai été sollicitée de nouveau par Jérôme DB pour jouer les scènes de rencontres entre Marguerite et Clémenceau… Clémenceau est interprété par Michel Bouquet, l’acteur français que je préfère !
Mais pour revenir à la question, le rôle de la musique est à définir sur chaque projet, il peut être explicite, ou implicite. Être un personnage, pourquoi pas ? C’est un élément de langage du film que le cinéaste doit s’approprier, avec subtilité.

3/ La notoriété est une chose que tu connais avec notamment Le cœur des hommes (1, 2 et 3), cette notoriété t’a t’elle permis de t’imposer en tant que femme dans ce milieu très majoritairement masculin ?

Les coeur des hommes ( 1 2 et 3 ), Lady Chatterley ou Bird people, qui m’a valu une nomination aux Césars. Je travaille avec des cinéastes hommes et femmes à 50 /50. Je ne ressens pas la différence, je ne le dis pas « tiens j’écris ça parce que c’est une réalisatrice ou un réalisateur … », en ce qui concerne le milieu musical, il faut constater que les femmes y sont rares… Il faut le noter et veiller à ce que les femmes qui sont là soient davantage mises en valeur… C’est ce que tu fais en m’interviewant d’ailleurs, et je te remercie … C’est en train de bouger et je sais que de nombreuses jeunes femmes s’intéressent à la musique de film. Récemment, j’ai vu ma vie de courgette et la musique est signée par Sophie Hunger qui est nommée pour son travail au prix Lumière. Ça avance, un jour ou l’autre on trouvera ça très normal que l’Opéra de Paris soit dirigé par une femme… Qui commandera une œuvre à une compositrice…et que dans la fosse l’orchestre soit dirigé par une femme… On dira sans doute que c’est historique parce que ce sera la première fois…

4/ La bulle de l’artiste et son univers font partie de sa vie quotidienne. Penses-tu qu’un artiste peut rester aujourd’hui , à l’instar des artistes de la fin du 19ème et début du 20ème siècle, dans cette bulle tout en partageant avec l’extérieur son univers ?

La bulle de l’artiste, c’est sa matrice, c’est son laboratoire secret… Comme il n’a pas toujours conscience de quand il commence à créer – car ce n’est pas forcément assis devant sa table de travail, devant son ordinateur ou son piano -, ça peut ressembler à quelque chose de maladif…Distraction, oubli…
Mes filles me disent que je suis sourde parfois et c’est justement quand j’écris ! Les artistes du 19 ème étaient des voyageurs insatiables; ils parcouraient, quelquefois à pied, l’Europe… Du Nord à l’Italie… Ils exploraient leurs sentiments, se laissaient vivre leurs passions pour mieux les intérioriser, et les restituer dans leur œuvre… Ils étaient leur propre cobaye, se lançaient avec imprudence et candeur dans ce que l’on peut considérer comme les prémices de la découverte de l’inconscient… Aujourd’hui, l’artiste est très indépendant… Il a le pouvoir, grâce aux nouvelles technologies, de se produire et de se diffuser sans l’aide de personne… Mais il a toujours besoin de sa bulle… Ce peut être son home studio, ses synthés , sa caméra, son téléphone portable… Ce qui guette les artistes d’aujourd’hui, et peut leur faire mal, c’est la solitude. Et trop de virtualité… C’est le mal du siècle, non ?

5/ J’entendais dernièrement que ce qui fait naître un compositeur, ce sont notamment les trois critères suivants : avoir quelque chose à dire, avoir envie de le dire et enfin, savoir le dire. Qu’en penses-tu?

Être compositeur… Ou compositrice, c’est avoir des envies musicales, de la curiosité, des idées, et savoir prendre des risques pour réaliser ces envies musicales et mettre en valeur ses idées. Si un langage ou une idée musicale n’est pas bien réalisé, c’est difficile de le communiquer.

6/ La musique à l’image est souvent très stéréotypée, notamment par le Sound design, le Temp Track, la musique additionnelle, présents dans le processus d’élaboration du film. Le son semble et l’ambiance semblent prendre le dessus : peut-on encore parler d’artisanat lorsque l’on évoque le travail du compositeur ?

Rien ne change si le compositeur continue son travail sans se soucier du reste … Il faut chercher, se renouveler… Être exigeant…

7/ Le faible budget consacré au compositeur constitue t’il selon toi, un frein dans la stabilité et la continuité de ce métier en France ?

Il faut savoir se faire payer pour écrire, et bien délimiter la partie commande de la partie production. La commande, c’est le travail du compositeur… Quoi qu’il arrive, il faut qu’il soit payé pour mener sa réflexion. Une bonne musique, ça fait toute la différence, non ? Il faut aussi savoir communiquer avec le producteur du film… Lui communiquer sa passion, le mettre dans le coup du projet à venir…

8/ Ton parcours est celui d’une femme compositrice formée aux arts de la musique. A ton sens, ces formations ne peuvent- elles pas, d’une certaine manière, limiter l’expression artistique et créatrice du compositeur à l’image ?

J’ai un crédo … Il n y a pas de création sans culture : ça s’applique à tous les langages et à tous les styles… Pour Corniche Kennedy, j ai travaillé avec des rappeurs très jeunes, on a eu envie de communiquer, de s’unir… Le projet a abouti et il y a trois titres dont un slam sur un orchestre à cordes … C’est celui que je préfère… La BO sort en ligne le 15 janvier 2017… Tu me diras ce que tu en penses ?

9/ Le 7ème Art témoigne aussi de son époque. Le web, comme les multiples technologies permettent un accès démocratisé aux images. Les normes sont bousculées et font naître de nouvelles inspirations : dirais-tu que le cinéma français actuel est trop intellectualisé ?

Je ne sais pas… La France est un pays formidable pour faire des films, l’Europe et le monde entier nous envient ce système… J’en suis heureuse et fière… Le cinéma français est très diversifié… Les visiteurs côtoient juste la fin du monde dans le coffret des Césars 2017… Qu’est-ce qu’on veut de plus ?

10/ Que serait selon toi le cinéma français sans ceux qui ont fait la musique du cinéma d’hier? Alexandre Desplat, et bien d’autres, font traverser ces notes en dehors de nos frontières. Quels ont été ces compositeurs français qui t’on inspirée et que tu prends toujours plaisir à écouter ?

Maurice Jarre, Nino Rota, Enio Morricone. Vangelis et la musique de Blade runner par exemple… Mais il n y a pas que les États-Unis pour voyager… J’entame une seconde collaboration avec le jeune cinéaste indien Anup Singh… C’est formidable, ses films se baladent dans l’autre partie du monde : Inde / Asie, c’est pas mal non plus ? La carrière d’Alexandre Desplat est inouïe… C’est épatant ! Vive la France, merci Alexandre!

11/ Tu es une personne aux multiples ressources… Peux-tu me dire dans quelle (s) actualité (s) musicales tu es engagée en ce moment?

Je travaille à l’écriture de projets pour la scène … Opéra , oratorio… J’écris un livre et je monte un projet « l’atelier du créateur. », un site et une structure pour aider les artistes européens à travailler ensemble…
Enfin, je pars à Amsterdam tourner avec Max Von Sydow pour clore la série documentaire ” Cinémas mythiques ” produite par Kolam production dont j’ai composé la musique.

Séance de Corniche Kennedy


Corniche Kennedy. Ecoute sur Itunes. Cliquez sur l'image


Merci de m’avoir invitée à répondre à tes questions…

Encore un grand merci à toi Béatrice.

Site de: Béatrice Thiriet

Ciryle Coplan.