Par Ciryle Coplan | juin 16, 2017 - 7:45 - Classé dans Articles

Pour ce mois de juin baignant sous le soleil voici un compositeur que j’apprécie beaucoup. François Staal, est un compositeur de musique de film mais aussi un auteur compositeur et interprète de chansons. Un artiste à part entière; un de ceux qui me font croire encore en un monde meilleur accompagné de ses contradictions. Des personnes comme lui ou comme notamment CharlElie Couture et bien d’autres s’expriment encore artistiquement. Bravo à vous MESSIEURS et merci à toi François pour cette interview!!!

Le compositeur François Staal. Photo Marylène Etier - aubondeclic.com

1/ Étant autodidacte en musique comment abordes-tu ce métier en équipe avec des personnes ayant étudiés la musique dans les conservatoires ou dans les écoles spécialisées ?

Alors, tout d’abord il faut noter qu’il y a beaucoup de compositeurs de musique de film autodidactes, et pas des moindres. Je pense même qu’il y a peut être une relation toute particulière entre la musique de film et l’autodidactisme. Mais, d’un point de vue concret dans le travail, c’est simple : ce qui compte c’est de ne pas essayer d’être ce qu’on est pas.
Assumer son autodidactisme et ses qualités, et ne pas courir après des choses qu’on ne maitrise pas.
Annoncer la couleur « je suis le compositeur autodidacte , nous allons travailler ensemble, j’aurai le « final cut » car je dirige, j’ai écris ce projet, cette musique, je dois des comptes au réalisateur et à la production, il m’ont choisi pour mon univers … Nous allons le magnifier ensemble, sous ma direction et dans le plaisir ».
c’est un discours qui passe très bien s’il est assumé et clairement annoncé (Et gare aux récalcitrants)
:-)
Prendre des risques est le propre du compositeur de musique de film. Lorsqu’on travaille avec quelqu’un (Pour moi ce sont les musiciens interprètes et les chefs d’orchestre) c’est pour leurs talents et leurs compétences et c’est que l’on a besoin d’eux. Donc on leur fait confiance, on les respecte, on les admire même par moment , on leur parle cash, et tout se passe à merveille. Les « grands » sont généralement modestes et généreux.
Et puis, après, on a nos oreilles, notre savoir-faire, notre expérience mais surtout une direction, un objectif et un but à atteindre … On sait bien quand on est dans la bonne direction ou pas.
On se parle, on s’explique, et c’est un bonheur !
;-)
En général mes musiciens et chefs m’aiment bien. On prend beaucoup de plaisir. Par contre, si je tombe sur une personne qui visiblement nage à contre sens et que le dialogue n’est pas possible, je ne la garde pas: « direct out », la vie est trop courte.
Je n’aime d’ailleurs travailler qu’avec des gens « Gentils ».

2/ Tu mènes une carrière d’artiste auteur-compositeur-interprète en même temps que celle de compositeur à l’image; comment se fait le passage d’une écriture à l’autre ?

Schizophrénie !??
… Rien à voir … Comme si on étais deux « inside » ! Un bi-processeur de naissance ? Un bi-coeurs ?
Il n’y a pas de relation entre les deux processus créatifs, si ce n’est mon « mètre étalon », l’émotion !

L'auteur, compositeur, interprète François Staal

3/Tu fais partie pour moi des artistes au sens noble du terme comme par exemple cet aventurier du nom de CharlElie Couture; comment trouves-tu les artistes d’aujourd’hui ?

Vaste question, résumer mon sentiment est difficile. Pour être tout à fait honnête, il y a peu d’artistes « ACI » qui me touchent actuellement, et même « avant ». Mais par contre, il y a quelques « grands » artistes, qui m’inspirent, que j’admire et qui perpétuent et réinventent magnifiquement la « chanson Française », qu’elle soit rock ou pas …
Finalement, je ne suis pas si sûr que cela soit très différent de « dans le temps ».
Les « aventuriers de la réussite » ont tendance à pulluler et à prendre toutes les « belles » places, et les « vrais » artistes rament … comme depuis des siècles !!!
Rien de nouveau sous le soleil. La culture n’est pas un acquis, c’est un mélange d’éducation et d’esprit visionnaire ou d’ouverture et de prises de risque, alors …

4/ Les artistes sont des hommes parfois fragiles, penses-tu que cette fragilité soit une qualité compatible avec le métier de compositeur à l’image ?

Hum … Globalement, je pense qu’un artiste est une personne engagée, et qu’une « surconscience du monde » nous fragilisent (Comprenne qui pourra).
Donc je dirai, oui, bien sur, la fragilité est un atout et c’est valable pour tous les artistes.

5/ Tu travailles comme la majorité des compositeurs avec les séquenceurs et VST. Beaucoup de personnes utilisent ces outils mais une critique vive semble émerger à l’égard de ses instruments virtuels pourquoi selon toi ?

La nocivité c’est, comme toujours, l’abus ! Ces outils sont absolument indispensables et ont leur belle part dans notre métier. Mais ils ne devraient pas être « réducteurs ».
En gros, un compositeur n’est pas un banquier qui finance un film en se substituant – notamment grâce aux machines – au financement de la musique, au travers d’une réduction des coûts, de la non-utilisation de musiciens, studios, techniciens, induisant une médiocrité sonore et musicale.
On pourrait dire la même chose des « plugs » de mixage par rapport à un vrai mixeur, avec un « vrai » studio de mixage : quelle différence à l’arrivée !!!
Comme avec les vrais musiciens … Mais oui, en revanche, ces méthodes de réalisation, avec des vraies personnes, obligent à beaucoup plus de travail et de précision, demandent un apprentissage et un savoir-faire ! (Dans le temps, on était souvent d’abord assistant pour apprendre).
Donc les VST ? : à la fois « génial » et « au secours » !!!

6/ Le budget d’un film en France semble ne pas intégrer suffisamment le travail et la reconnaissance du compositeur : pour quelles raisons ?

La France est un pays de paradoxes, en voici un :
- La France est un des rares pays qui considère légalement le compositeur comme un auteur, le troisième auteur du film (Ce qui veut dire que nous avons des droits LEGAUX sur la propriété du film).
- « L’école » des compositeurs de musique de film français est parmi les (Si ce n’est « La ») meilleure au monde (Regardez les Oscars à Hollywood).
Et paradoxe : les compositeurs Français en France sont (trop souvent) considérés (J’allais dire comme de la merde) comme de vulgaires amateurs. Des empêcheurs de tourner en rond, des parasites, des « compliqués », voire même des « ennemis ».
Pourquoi ???
Demandez aux producteurs, aux réalisateurs, aux scénaristes, aux diffuseurs qui pensent ça ????
Ce n’est pas à nous de répondre …
Mon idée est que c’est du au fait que personne n’a besoin de nous pour trouver les financement des films !
Si un diffuseur, (comme dans les pays anglo-saxons), disait « Ah oui, je veux bien de ton film, mais seulement si « Machin » en compose la musique ! » : alors là, de fait, on deviendrait important et notre travail avec !!!
Je crois que c’est cela la raison principale : on ne « compte » pas financièrement ? = on ne compte pas du tout !
Mais, ouf, heureusement, il reste quelques producteurs, réalisateurs et scénaristes qui se battent pour la musique de leurs films !
Mais cela deviens difficile, même pour eux. Et finalement, l’autre paradoxe c’est que même la musique de film la plus délirante, ne coutera pas très cher par rapport au coût de l’image, alors c’est bien dommage de s’en priver …
Les « gros acteurs » aussi, devraient se remettre en cause … Ils prennent trop d’argent. Désolé si je ne suis pas de « la langue de bois ».
Mais ceci n’est pas un constat aigri ! Bien au contraire, un signal d’alarme, on peut tout changer !
Changeons tout cela maintenant, et avançons vers un avenir meilleur, regardez les musiques de certaines séries anglo-saxonnes, c’est absolument formidable de qualité, et au bout du compte, cela ne coute pas « tellement » plus cher !
Vive demain !
;-)

7/ J’ai eu l’occasion et la joie d’interviewer Béatrice Thiriet et d’autres compositrices, et cette question revient souvent dans mes interviews : que penses-tu du rôle des femmes dans la musique à l’image ?

Une chose : TROP PEU DE FEMMES !
Installons un quota ?!
La place laissée aux femmes dans notre pays n’est absolument pas en relation avec la modernité et la vie.
Et ce n’est pas faute de leurs talents et compétences, mais celle d’un vieux machisme minable !
(désolé, pas le sentiment qu’il y ait à chercher loin !)

8/ Beaucoup d’écoles spécialisées construisent les compositeurs de demain. Quel est ton avis sur cet apprentissage toi qui vient d’un milieu où la musique n’a pas été assimilée dans les conservatoires et autres institutions ?

Très bien … Parfait, il faut de tout !!!!
Par contre, attention, Aie, on a pas de travail !!!!!
;-)

9/ Comment vit un compositeur aujourd’hui ? Il travaille souvent à coté de sa passion ; peut-on parler de parent pauvre de la musique à l’image ?

Oui, paupérisation, mépris, amateurisme, irrespect, baisse de budgets sont de mise dans notre métier, c’est grave ! Et violent ! Mais comme dans toute la société actuellement ! Non ? Pour le compositeur, c’est particulièrement dur car il est chef de poste, en a les responsabilités, mais pas les budgets, il n’est pas rare de manger des pâtes (… et pas des Barilla) même après 35 ans de carrière et soixante films … Je sais de quoi je parle.
Mais on reçoit aussi beaucoup d’amour, et, bon, on fait le plus beau métier du monde, alors on survit et on positive, on donne tout …
;-)

Le compositeur François Staal

10/ Quelle est ton actualité du moment et quels sont tes projets pour les mois à venir ?

Alors, pour valoriser notre métier et nos musiques, j’ai décidé de me risquer à produire un concert de mes musiques de film (et de mes chansons rock) à Bobino, avec un orchestre (Symphonique) « Symphonifilm », 30 personnes sur scène à Bobino, histoire de montrer que nos musiques (y compris celles de certain Téléfilms) peuvent vivre seules, hors image, pas pour minimiser notre belle relation avec l’image et les réalisateurs, non, bien sûr que non! Mais pour montrer que nous faisons de la belle ouvrage et pour faire vivre ces musiques qui, à mon sens, le méritent !!!
C’est risqué, je sais … Je prends du coup tout le soutien que chacun voudra bien m’apporter !
Plus d’infos très bientôt sur Lestaal.com. Le 06 Novembre 2017 à Bobino.
Projets musique de film :
Actuellement en écriture d’un beau téléfilm (en tournage) de Laurence Katrian pour France 3, produit par 3Ieme Oeil.
Divers documentaires.
Deux projets de long métrage avec Laurent Dussaux pour 2017/2018.
Pleins de concerts rock, toutes les dates ici:
MAIS, ET SURTOUT :
MON CONCERT DE MUSIQUE DE FILM ET ROCK LE 06 NOVEMBRE 2017 A
BOBINO !!!!!!

Voir les communiqués de presse sur François Staal en téléchargement: Format PDF.

Wikipédia: François Staal.
Site internet: François Staal.

Interview du 6 nov. 2011 de Benoit Basirico:

Encore merci à toi François pour cette interview.

Ciryle Coplan.

Par Ciryle Coplan | mai 22, 2017 - 4:49 - Classé dans Articles

Retour en France pour ce mois de mai avec un compositeur à qui je pourrais m’identifier dans le cadre des réponses qui vont suivre. Un garçon au talent confirmé avec cette merveilleuse couleur musicale qui fait rêver; et oui ! je suis comme lui j’aime la musique outre atlantique ou le son a de l’importance. Bien sur, les compositeurs français ont droit à un grand respect ainsi que les autres compositeurs Européens et du reste du monde. Ce blog s’ouvre à tous les compositeurs de la planète; je les adores !!!!

Le compositeur Romain Paillot

1/ Une carrière de compositeur de musique de film est une grande aventure ! Comment as-tu commencé ce métier?

Désolé je vais faire un pavé !
Mon premier contact avec la musique de film s’est fait assez tôt, en 2001. Je pense que je devais être en 6ème à cette époque.
Le professeur habituel de musique était souffrant ce jour là et c’est le remplaçant qui a décidé de nous passer un extrait d’un film « Gladiator » de Ridley Scott. La scène d’ouverture de ce film (que je n’avais pas encore vu à l’époque) ma littéralement scotché. La réalisation, le montage, le mariage parfait avec la musique de Hans Zimmer qui en 15 minutes arrive à nous exposer tous les thèmes de la BO, en passant par le suspens, l’action, l’aventure, le drame etc… Le tout saupoudré de la sublime voix de Lisa Gerrard. Bref , une révélation !
Cela m’a poussé à découvrir très vite d’autres bandes originales. Pour ce qui est du métier , la MAO n’en était qu’à ses balbutiements et j’ai très vite compris l’importance des outils informatiques. J’ai décidé vers 2003 – 2004 de me mettre à composer directement des musiques dans un style symphonique, en musique assisté par ordinateur, sans passer par la case « conservatoire ». Autant dire que mes premiers travaux étaient bien rigolos quand je les réécoute aujourd’hui !
A force de travail, d”apprentissage, de théorie musicale, je commençais à créer des morceaux de 20 – 30 secondes qui sonnaient de façon correct à mes oreilles de l’époque (c’est à dire horriblement quand je les réécoute aujourd’hui ah ah !)
Puis en 2007, après un passage inutile en fac de biologie puis de droit, j’ai intégré une école de BTS audiovisuel option son à l’École Internationale de Création audiovisuelle et de Réalisation (EICAR).
J’y ai étudié pendant 1 an et demi mais cela ne m’a pas servi à grand chose… Disons que cela était surtout l’occasion de venir à Paris et de pouvoir se créer un réseau petit à petit.

2/ Quels sont les projets qui te sont proposés dans le cadre de ton activité, et sur quoi aimes-tu particulièrement travailler?

Je travaille principalement pour de l’unitaire TV ou des séries TV . Du long métrage cinéma également. Il m’arrive également de faire des documentaires et de la publicité. J’ai fait quelques courts métrages d’animations avec l’École Supérieure des Métier Artistiques (ESMA) , j’adore car on s’amuse vraiment musicalement sur ce genre de projets (et le plus souvent on a même carte blanche ce qui est assez rare).
Je travaille également pour la librairie musicale qui est un domaine que j’affectionne particulièrement et où il y a une certaine liberté de création et même parfois beaucoup de moyens à disposition (enregistrement d’orchestre à Londres, etc…).

3/ Ce métier est constitué principalement d’un réseau où beaucoup de monde gravitent de près ou de loin. Peut-on selon toi réussir en dehors de ce réseau?

Je ne suis pas sûr de pouvoir répondre à cette question précisément. Tout est assez mystérieux dans ce milieu… Et au final on ne sait jamais vraiment comment on a obtenu tel ou tel projet. Bien évidemment il y a des réseaux, il est parfois utile d’être dans les petits papiers de certains agents, superviseur musicaux.
Mais au final c’est quand même souvent le réalisateur qui a le dernier mot et qui choisi son compositeur.

4/ Tes rêves de compositeur se sont très vite concrétisés. Combien de temps as-tu mis pour vivre de ce métier au moment ou les choses se sont déclenchées?

Fin 2007, j’ai eu la chance d’intégrer le studio d’un compositeur français , en tant qu’assistant. (Fabrice ABOULKER).
Je lui ai envoyé une démo par son site… Et il m’a répondu 10 minutes après l’envoi de mon mail.
Quand je me souviens de cette démo, ce n’était pas quelque chose d’incroyable… Mais il a du sentir un certain potentiel !!!
Pendant 5 ans, j’ai pu voir ce métier de l’intérieur en assistant aux spotting sessions avec des producteurs/réalisateurs.
En travaillant sur des projets aussi divers que des téléfilms, des séries, de l’animation, spectacle son et lumière…
Je faisais des choses assez diverses: montage musique de séries d’animations, enregistrement de chanteurs, de musiciens, programmations de samples, mixage, compositions et arrangements… En tout cas c’était une période sympa où on s’amusait bien avec une équipe de 4 – 5 personnes !
Puis en 2013, j’ai quitté ce studio pour voler de mes propres ailes. Je commençais à avoir quelques projets solo et une série TF1 « Interventions » a précipité les choses.

5/ Quels conseils donnerais-tu à des jeunes qui veulent tenter cette aventure?

Quelques conseils peut être évidents pour certains mais être persévérant, endurant, travailler son « art » constamment. Être en veille sur les nouvelles technologies, les nouvelles librairies de samples, les nouveaux plugins… Ce qui se fait musicalement chez le voisin… c’est toujours important! C’est aussi important d’avoir confiance en sa musique. Vous aurez toujours des critiques sur votre musique (même parfois injuste) mais il faut persévérer, écouter son instinct, travailler et cela paie toujours !!

6/ L’interprétation par un orchestre reste quelque chose de magique. Que penses-tu des VST et autres séquenceurs, qui sont le quotidien de beaucoup compositeurs.

J’en pense du bien ! Les VST et séquenceurs restent des outils primordiaux à notre époque.
Les librairies de samples sont de plus en plus incroyables même si on commence à atteindre un « palier » infranchissable qui fait que le vrai orchestre aura toujours une grosse longueur d’avance.
Mais, c’est de moins en moins évident, cela dépend aussi beaucoup du style… Enregistrer un morceau de cordes à base de Pizzicato n’a pas un énorme intérêt en soi par rapport à la version « virtuel ».
De même, enregistrer un morceau d’action à la Batman Begins avec un orchestre à Budapest est risqué car ce style requiert un ingénieur du son chevronné, un très bon studio, et un orchestre ultra rodé (et du mélange avec l’orchestre virtuel). Il vaut mieux parfois privilégier les samples sur ce type de morceau si on a pas Londres et mélanger un peu avec le vrai.
En revanche, enregistrer un morceau émotionnel de cordes qui commence pianissimo et fini en apothéose rendra toujours infiniment mieux en vrai.
A l’heure des budgets musiques serrés, on se pose un peu ce genre de questions lorsqu’on veut enregistrer. Tout n’est pas forcément mieux en « vrai ». Cela dépend de la musique qu’on enregistre et du budget à disposition.

7/ La musique lorsqu’elle est un métier; comment s’organise une journée de travail entre la création et les commandes?

Il y a une certaine liberté d’emploi du temps quand on est compositeur. C’est plutôt agréable.
Quand on a une deadline urgente (souvent en TV) , il n’y a pas le choix, pas le temps de réfléchir, il faut composer, être efficace. C’est souvent du 9H – 3H du matin 7J/7 pendant quelques semaines.
Sur d’autres projets où il y a plus de temps (et où souvent la vision artistique prime sur le simple fait de livrer en temps et en heure), je me permet de « procrastiner » , de me balader, de faire d’autres choses que d’être au studio… Pour trouver l’inspiration et créer quelque chose de plus intéressant musicalement.
Lorsque je me trouve dans une période « entre projets » , je mets à jour les machines, je cherche de nouveaux sons , je travaille beaucoup sur l’ergonomie du studio comment rendre les machines plus stables, plus performantes (je suis un peu un geek en informatique). J’écoute beaucoup de musiques, je rattrape les films ou séries que je n’ai pas encore vues…

8/ Le style américain semble beaucoup t’inspirer. Que penses-tu du cinéma et des compositeurs Européens?

Il est vrai que je préfère le cinéma américain. Je trouve que les films américains ont cette capacité à nous transporter dans un autre « univers ». Les films européens sont souvent plus « terre à terre », plus « réalistes » , ce qui est très bien aussi. Mais du coup c’est parfois plus compliqué musicalement où l’on doit être plutôt dans l’intimiste et dans une musique plus « légère », et c’est vrai que c’est un peu moins mon univers, pour le moment du moins, c’est amené à évoluer !!
Pour ce qui est des compositeurs européens, il y en a beaucoup que j’apprécie. Pour les français, Bruno Coulais bien sur, Philippe Rombi (quelle écriture et maitrise de l’orchestration et quelle justesse par rapport à l’image !!)
J’apprécie aussi particulièrement Guillaume Roussel et Erwann Kermorvant, qui m’impressionnent à la fois dans leur maitrise de l’écriture orchestrale et à la fois dans leur maitrise du côté électronique , ce n’est pas courant !!!
Chez les compositeurs espagnols , Fernando Velázquez et Roque Banos vont faire de plus en plus de bruit à l’avenir ! (Quelques minutes après minuit et Au Coeur de l’océan)

9/ Quels sont les compositeurs dont l’influence a marqué ton esprit et qui aujourd’hui t’influence encore?

Je pense qu’on cerne assez vite mes influences.. si je devais résumer: Hans Zimmer, James Horner, Joe Hisaishi, John Williams (en toute modestie bien sur) avec une pincée de Danny Elfman et Harry Gregson Williams pour le côté mélange orchestre et électronique. C’est simple, pendant toute mon adolescence, je n’ai presque écouté (en musique de films) que ces 6 compositeurs… Ils représentent tout ce que j’aime dans la musique de film !!

10/ Sur quels projets travailles-tu actuellement et quel est celui qui te tiendrait le plus à cœur de réaliser?

J’ai terminé la BO d’un film tourné en langue anglaise dont je suis assez fier car c’est un film d’action et j’ai toujours rêvé d’en faire un ! : Crystal Inferno avec Claire Forlani et Jamie Bamber et réalisé par Eric Summer avec qui j’ai déjà collaboré par le passé sur « Interventions » (TF1)
Musique symphonique enregistrée à Prague. J’espère sortir la BO sur les plateformes digitales cette année.
J’ai pu également faire la musique d’un spot de sensibilisation qui me tient à cœur : Laurette Fugain.
Avec le réalisateur Pierre Noguéras cela a été un coup de cœur. Il adore ma musique, et j’adore ses films !
Il a saisi toute l’importance d’une musique avec des thèmes et une musique qui raconte des émotions fortes plutôt qu’une musique d’ambiance comme ce qui est un peu à la mode en ce moment.
Je pense que nous ferons de grands films et BO dans un futur proche. Il prépare d’ailleurs son long métrage pour l’an prochain.

Laurette Fugain from AGENCE GASPARD on Vimeo.


Je travaille en fin d’année sur un album type « musiques de films d’aventures » destiné à la synchronisation TV / bandes annonces cinéma édité par un poids lourd de la librairie musicale. Je te ferai écouter en avant première !!

Merci à toi Romain pour la sincérité de tes réponses et bravo pour ton travail.

Romain Paillot en séance

Crystal inferno

Site internet: Agence Gaspard.
Soundcloud: Romain Paillot.

Ciryle Coplan.

Par Ciryle Coplan | avril 18, 2017 - 6:43 - Classé dans Articles

First interview of an American composer. Jeff Rona was a member of Hans Zimmer’s Media Ventures. His credits include Sharkwater, Traffic, God of War III, Phantom and Veeram. Rona has been chronicling his experiences in the film music world over the past several years in his column in Keyboard Magazine’s “The Reel World”. The column, which is also the basis of his major book on film music, is read worldwide.

1/ how many hours (more or less) do you work a day?

It is different every day. But when there is a deadline, I sometimes work all day and all night to finish. A composer can never miss a deadline! But on an average day I work from early morning until dinner. I try to leave some evenings for relaxation or time with my family.

2/ As many composer around the world, you chose to share your passion for music and sounds. The sound is the major component of the music in the US, sometimes ever more than the musical writing: why is that so?

There are now so many styles of composing and scoring pictures. Some composers are very happy to write more traditional music with melodies and harmonies. At the same time there are composers who are working only with electronics and more ‘sound design’. I am in the middle. My work is very electronic, but I still enjoy writing melodic music. I wouldn’t call it traditional, but it uses both traditional and contemporary ideas and elements.

3/ More and more, “sound disign” steped into the audiovisual productions. The introduction of this aspect of creation raises questions among musicians. What is your point of view?

If you mean the use of sound design in scores, it’s very true. It’s easy to say that American television music is very much based on sound, often very abstract. It’s just a stylistic choice. In all likelihood it will change to something melodic or different in the coming years, because from scoring is always changing. I believe it’s important for composers today to have at least some ability to work in a more sound design style, as well as more traditional styles. My own music is always a combination. Some scores or more like sound design, but will always have some emotional elements of melody and harmony. I think it’s valuable to mention that even sound design style scores can, and I think should, be done with a combination of electronic and acoustic instruments. Too much reliance on any one tool or instrument can lead to things sounding a little bit too much the same. And for composers who rely strictly on commercial sound libraries (and there are so many of them) you start to realize their scores start to sound like other people’s scores very quickly.

Jeff Rona Composer

4/ Some European composers work in the United States. How do you identify this “european touch” that makes it different from US production in the american cinema? What do you think of it?

There’s a great deal of variety among the European composers I know. I don’t think they represent any one single approach for philosophy of music. However, I think it’s safe to say that European musical education is much more traditionally based than American music education. And that’s a good thing. I’ve definitely noticed a more subtle and deep view of melody and voice leading in many European composers. American compostition students tend to be a little more experimental.

5/ You Jeff Rona, Hans Zimmer, among others are considered as references within the new generation of composers: what do you think of this phenomenon?

I’ve had the pleasure of working with many truly wonderful composers who have been very helpful to me in learning the craft and business of scoring. It’s a very important relationship between young composers and more experienced ones who help them learn the craft and business. It’s almost impossible to do when your own, though some do.

6/ French film music composers (“music in the image”) are concerned about their job and future. What about the american composer’status? What about its future?

Today there is more competition for jobs, but also many more opportunities than in the past. So that’s good and bad. There are more and more universities and music schools offering classes and degrees in film composition. Every year several hundred young composers graduate from school and come looking for work. Honestly, there isn’t enough work for all of them. Producers and directors are looking for composers who have interesting ideas, excellent production technique, but have a few projects on the resume that they’ve already done. It’s always the most complicated thing about getting started. What will be that first job to hire you? I think that to be taken seriously as a new composer you need first to be a good writer, second to be a great producer, and third to have a good sense of business and relationship building. You need all these things to have a chance. And certainly working with a more experienced composer is the perfect way to grow and all those ways. Working in this field requires a very deep knowledge of technology, and that must not be ignored. It’s not only our job to compose music, but to produce the final recording. In fact that’s our only job. A good composer also needs to continue to develop and refine their work. If you do the same score over and over, you will stop getting hired. So composers must always grow as artists.

7/ You have been a computer-aided music pioneer. Nowadays, composers use the sequencer on daily-basis. What do you think of it?

Working with computers has become so normal I don’t even think about it. Yes, I was among the first, but that doesn’t really have much meaning anymore. There are approximately zero composers working with anything else than a computer and sequencer software. It’s the same with writers who have abandoned typewriters or pencils to use computers and word processors. Yes, there are a few, but not really. I look at my computer as just another instrument. The more skill and virtuosity you have, the more creative you can be. And it has given so many more people the opportunity to try their hand at composing who would not of been able to back when it required paper, pencil, and then orchestra. This is definitely a better time, as long as composers always strive to find a unique sound in a world where everyone uses the same samples.

8/ If you had not been a music composer, what job would you have done?

I had always planned to be a photographer, or a visual artist. I spent a short time writing software, although for music technology, but I enjoyed that for a little while and it was very satisfying. Maybe that would be my next job!

9/ What is your point of view regarding the “film music industry” in today’s world?

More and more people are paying attention to film music, which is a wonderful thing. There are more and more live concerts of film music. Film composers are looking into becoming more like concert composers. The diversity is very nice. On the other hand, there’s so much more low-budget production that many composers have to take on as many jobs as possible to make the same kind of money they used to make a few years ago. Even very well-known and successful composers take lots of very small jobs to keep themselves going. So the business is growing, but not in every way, and composers often look for more things to do. Many have turned to writing for music libraries as a way to find new income. So it is a complicated and changing world, but smart composers who keep refining their creative abilities continue to find good work.

10/ What are your next musical projects? What are you passionate about outside music?

I am busy these days. I am scoring a documentary feature, a TV series, a feature film very soon, and a video game score. So there is little time for other things. I do paint and do photography when I have time. And I love going to museums and art galleries. I have a family with my wife and two daughters and I make time to be with them as much as possible.

Jeff Rona Composer

Sincere thanks Jeff!!

SoundCloud: Jeff Rona.
Web: Jeff Rona.

Ciryle Coplan.

Par Ciryle Coplan | mars 1, 2017 - 7:43 - Classé dans Articles

Je vous présente ce mois-ci un nouveau compositeur. Un homme d’invention aussi bien dans la composition que sur le plan sonore. Après plusieurs années d’études en acoustique, Thierry Malet, a évolué dans le monde de la musique pour ce faire aujourd’hui une place dans ce périlieux métier de la musique à l’image.

1/ Vous faites partie de ceux qui disposent d’une société de post-production avec du matériel adapté à la demande. Quel est votre point de vue sur cet outil de travail ?

C’est un peu comme de changer de voiture. Passer de la Twingo à trois cylindres à la dernière Jaguar xf, C’est à la fois puissant et très confortable… En d’autres termes, c’est un peu comme de disposer d’un bras armé. Fini l’écriture à l’encre de chine sur papier jauni… Il est primordial pour un compositeur de s’adapter aux nouvelles technologies et en particulier à la réduction des délais de fabrication. Mais il faut aussi innover et sans cesse s’améliorer techniquement. Le fait d’avoir eu la formation à la fois technique et musicale m’a été de ce point de vue un avantage certain. Pour prendre un exemple, le développement d’une spatialisation 3D baptisée « UMIDI
System » qui me permet aujourd’hui de concurrencer les plus grosses structures Hollywoodienne…

Spatialisation 3D baptisée « UMIDI System ».

2/ Vous avez commencé votre carrière sur le film documentaire. Quelle est la différence entre vos débuts dans ce métier et votre regard sur l’activité d’aujourd’hui ?

Alors que la demande de musique de film a littéralement explosée du fait de la multiplicité des supports et du web, la part créatrice a été réduite à une peau de chagrin. Les musiques de documentaire étant devenues gratuites et sans rétribution possible en matière de droits d’auteur, on assiste à un recyclage systématique et à une production sans moyen. Cet appauvrissement bien réel provient en grande partie d’une réduction des revenus possibles. En fait, tant que la part du chiffre d’affaire d’internet reversé aux auteurs ne dépassera pas 1% tous canaux confondus, on ne pourra pas s’attendre à une amélioration dans ce secteur.

3/ Votre parcours structuré en matière de son vous donne une maitrise aussi bien technique qu’artistique. Quelle est votre vision du métier sur l’impact psychologique du Sound design voire même de la musique dans les productions ?

Je me permets de distinguer « sound design » de Musique originale même si dans certaines productions on ne fait pas vraiment la différence. Si la musique est devenue parfois du pur sound design c’est que peut-être on ne s’est pas assez posé la question suivante : dans cette scène, la musique est-elle nécessaire ? Si elle est devenue à l’état d’habillage c’est qu’elle ne distrait pas le spectateur et donc son utilité est à remettre en cause à mon avis. A contrario, le travail parfois extrêmement sophistiqué des bruitages « sound design » peut apporter un contraste étonnant et mettre ainsi en lumière la musique qui apparaitra dans une autre scène. L’autre particularité c’est que certains sound designers ont compris que parfois l’ajustement des sons exigent la parfaite maitrise de la hauteur et la complémentarité des timbres et l’ajustement de sons speudo périodiques, c’est-à-dire des sons dont on peut percevoir la hauteur… De ce point de vue, on se retrouve pas très éloignés d’une partie des exigences propre à la composition d’une musique originale.

4/ On compare souvent la musique au jeu des acteurs. Elle entre en scène puis évolue pour disparaitre. Comment se fait ce travail de mise en scène « musicale » avec un réalisateur ?

On s’attache à la fois à la nécessité de la musique sur une scène puis au travail des thèmes afin qu’il y ait une homogénéité sur l’ensemble du film mais également des contrastes intéressants. En revanche, si je compare la musique à un acteur, c’est toujours pour me poser la question de son utilité. Si dans une scène de comédie les acteurs sont suffisamment bons, il n’est pas nécessaire de stabiloter leur jeux… Cela n’ajoute que de la lourdeur…

5/ La musique c’est souvent de l’émotion lorsqu’elle est écrite, orchestrée puis jouée par des musiciens. Beaucoup de productions demandent aux compositeurs l’utilisation des séquenceurs et des VST. Quel est votre rapport avec cet outil et que pensez-vous de son impact ?

La première raison repose sur la corrélation du bruit inhérent à la chaine électroacoustique. Je m’explique : Lorsque l’on place un micro devant un piano de qualité, et que l’on joue deux notes successivement en appuyant sur la pédale de sustain. On obtient un son riche, puisque toutes les autres cordes dont la fréquence de résonnance est proche du multiple de ces deux notes vibrent en même temps. A l’enregistrement, nous obtenons notre accord musical auquel s’ajoute un niveau de bruit de fond. Ce bruit provient de l’imperfection du processus de prise de son et l’on fera en sorte de l’entendre le moins possible. Lorsque l’on simule un piano, il va nous falloir enregistrer les notes séparées les unes des autres avec des attaques différentes. Mais lorsque l’on va rejouer nos deux notes via notre sampleur, le bruit de fond sera double puisqu’il sera corrélé, c’est-à-dire qu’il sera identique puisqu’il s’agira de 2 prises de son réalisées avec la même chaine électroacoustique. S’il est identique, cela signifie surtout que son niveau sera plus élevé et donc forcément plus perceptible. Faîte le test vous même avec un sampleur de type Kontakt et lorsque vous plaquerez un accord de six ou huit notes, un souffle émergeant au-dessus du son musical de l’accord va apparaître progressivement. Il nous faut donc filtrer chacune des notes pour chacune des attaques et qui dit filtrage dit détérioration du son immanquablement. J’ai un simple piano droit d’étude Yamaha à la maison avec une caisse d’1m30 de haut, et il bat tous les pianos numériques en richesse de timbre et en tenue de note. Alors que dire des pianos à queue enregistrés dans des studios de qualité…
Enfin, l’expression se trouvera toujours réduite du fait de la quantisation des attaques et du travail numérique de retraitement qui nous permettra de simuler la résonance de la pédale de sustain. Si vous désirez soigner votre expression et qu’on vous offre le choix entre le plus chers des pianos numériques et un piano acoustique, je vous conseille vivement d’opter pour l’acoustique.
Le deuxième élément reste le timbre. Demander à un orchestre de jouer note après note avec diverses attaques et stocker ces notes sur un sampleur. Une fois le filtrage effectué (afin d’éviter la corrélation du bruit de fond) vous obtenez un timbre qui varie en fonction du nombre de notes jouées. Pourquoi ? La raison est fort simple. D’un point de vue physique, si vous jouez un accord de trois notes sur votre sampleur à la hauteur de la section des 12 premiers violons I, cela correspondra à ajouter en couche, trois fois le jeu de la section des violons I. Vous passez ainsi du timbre d’une section de 12 premiers violons à une section de 38 violons. Pour compenser ce phénomène, il va falloir compresser sans cesse le son pour qu’il devienne aussi homogène que celui d’un piano. Même si la correction d’amplitude reste calibrée grâce à ce subterfuge numérique, il entraine la limitation des sons de grandes amplitudes (ce qui est le but recherché) mais également la rehausse de sons de très faibles dynamiques. Or ces sons sont aussi responsables de la signature du timbre et de sa richesse et provoque une variation audible. Donc, là encore après la compression, il va nous falloir filtrer intelligemment afin de simuler convenablement nos cordes.
Dernier point, si vous localisez facilement lors d’un enregistrement acoustique chacun des instruments, si vous les placez note à note vous perdez la notion de phase, c’est-à-dire la géolocalisation des instruments dans l’espace et de ce point de vue le son perd de sa clarté de sa brillance, bref il devient flou et rajouter une réverbération ne fera qu’accentuer le phénomène. A contrario, conserver la phase lors de l’enregistrement d’un orchestre, (ce que s’attache à faire en principe tout bon ingénieur du son) et vous conserverez cette spatialisation 3D.

6/ le Sound design, la musique préexistante voire le Temptrack sont des éléments très utilisés dans les productions. Quel est votre rapport de compositeur avec ces éléments ?

Le temptrack (Temporary Track) est nécessaire car il permet de cerner précisément le cahier des charges de la musique. A moins de faire à l’ancienne et de se voir fort déçu au moment de l’enregistrement définitif. Un peu comme Hitchcock qui va rejeter en bloc toute la partition de Bernard Hermann à la première séance d’enregistrement de la musique du film « Le rideau déchiré » (qui porte bien son nom). C’est risqué et inutile. Bien sûr le principal travers de cette méthode c’est d’enfermer et de restreindre le compositeur dans un rôle de recopiage. Personnellement, je préfère cette méthode du Temptrack car elle permet d’aborder des styles musicaux très différents et surtout de décrypter précisément les attentes des producteurs et des réalisateurs.
Le piège c’est de ne pas savoir d’en détacher suffisamment et de ne pas être capable d’apporter des éléments novateurs pour faire oublier le Temptrack de départ et servir le film. A ce titre, pour les compositeurs qui ne sont pas mélodistes, cette méthode va devenir leur pire cauchemar. Un peu comme le roc de Sisyphe qui sans cesse poussera la pierre au sommet de la montagne à la recherche d’une mélodie originale pour la voir retomber et recommencer son ascension perpétuellement…

7/ La foi est un élément à prendre en considération dans l’évolution de carrière d’un compositeur de musique de film. Peut-on la comparer à une sorte de religion ?

La foi et l’espérance sont bien mal lotie aujourd’hui. La société nous pousse à ce choix crucial et parfois mortel d’espérer ou de désespérer. Mais l’espérance ne ressemble en rien à la rêverie béate des sots qui ignore la douleur du monde. C’est une vertu de courage, de conquête contre la tristesse pour une joie supérieure. Aujourd’hui cela signifie être fort et voir au travers de la bourrasque pour avancer et hisser la grand-voile. Quoi de mieux dans ce combat que l’art et la musique pour l’annoncer et le révéler ? La petite fille espérance ne mérite-t-elle pas qu’on lui consacre ce qu’il y a en nous de meilleur et de plus beau ?

8/ Vous êtes un homme qui allie travail et famille. Dans ce cadre, comment abordez-vous votre métier en adéquation avec votre famille ?

Comme j’ai eu la chance de construire ma maison autour de mon studio, c’est-à-dire sans aucune conduction solidienne entre les parois de mon studio d’enregistrement et les murs de ma maison (box in the box comme disent les anglo-saxons), je ne suis aucunement perturbé par les bruits da la vie quotidienne. Mais en revanche, cela me permet d’être toujours très présent auprès de ma famille et si l’un de mes enfants désire s’entretenir avec moi ou me poser une simple question, je suis là.

9/ L’enseignement de la musique est aussi un élément important dans une carrière. Avez-vous transmis cette vocation à l’un de vos enfants d’une part, et d’autre part, fait-elle partie de leur enseignement en général ?

Je les ai tous mis au conservatoire en leur imposant un instrument et ils en sont tous sortis pour revenir chacun personnellement avec leur propre instrument. Les deux ainés ont formé un groupe avec un copain bassiste. Ils composent parfois avec acharnement et ont même décroché une demi finale au concours Emerganza à l’Alambra, dans la salle où Johnny Halliday a fait ses premiers accords de guitare. J’avoue que j’étais fier d’eux.

Thierry Malet et la direction d'orchestre.

10/ On parle souvent de la faible présence des femmes dans ce métier. Quel est votre point de vue à ce sujet ?

C’est très difficile dans un milieu d’hommes d’exercer une autorité et de se faire remarquer. Un peu comme si l’on cherchait un mec viril pour jouer de la harpe en finesse. On pense toujours que c’est impossible pourtant il y a une véritable sensibilité qui peut s’exercer et enrichir la partition d’un film. Même si les obstacles comme la direction d’orchestre ne sont pas évidents au premier abord, ils valent le coup d’être surmontés. J’avoue que même parfois je trouve gênant qu’une compositrice ne puisse travailler que parce que le réalisateur est une femme. Je pense qu’il peut y avoir une vraie richesse de complémentarité d’approche différente pour un réalisateur qui collaborerai avec une compositrice comme pour une réalisatrice qui collaborerai avec un compositeur. J’ai eu la chance de croiser Laura Karpman au Studio Smecky de Prague, celle qui a composée avec brio la musique de la série Taken produite par Spielberg et j’ai trouvé que son approche bien que proche de John Williams avait une sensibilité très personnelle et intéressante à décortiquer. Pourtant elle a dû affronter les exigences de pas moins d’une dizaine de réalisateurs masculins… Comme quoi tout reste possible…

Site de: Thierry Malet.

Encore merci à vous pour cette interview et ce nouveau système de spatialisation 3D révolutionnaire !

Ciryle Coplan.

Par Ciryle Coplan | février 7, 2017 - 10:07 - Classé dans Articles

Nouvelle interview d’une femme compositrice aux multiples talents. Pianiste et compositrice: un non- choix pour notre plus grand bien ! J’apprécie beaucoup la personne et la musicienne.

Photo de Bernard Martinez.

1/ Nous avons déjà eu l’occasion de nous rencontrer. La chose qui m’a surpris le plus chez toi c’est ta spontanéité et ton sens de l’observation presque, quelque chose d’instinctif. En matière de musique, quelle est ta part d’instinct sur une composition ? 

La source d’inspiration qui me mène au besoin de composer est un acte purement instinctif. C’est une pulsion qui naît de l’observation constante du monde qui m’entoure et de l’humain.
Par contre, l’écriture à proprement parler se nourrit d’un tas de recherches dans des domaines tous aussi différents que variés. Tout m’intéresse, même ce qui est loin de mes convictions profondes, ou de mes intérêts immédiats.
Une fois mes démarches intellectuelles et mes recherches accomplies, j’ai le sentiment que la musique s’écrit toute seule, d’un souffle continu et presque ininterrompu. Je dis « presque » car il y a des jours « sans », pendant lesquels je peux tourner en rond, sans rien coucher de bon sur la partition. Ces journées sont fort heureusement rares, mais source d’une très grande frustration.

2/ Tu as dirigé une classe de musique à l’image dans un conservatoire. J’ai assisté dernièrement à une soirée consacrée à la semaine du son, présidée par Gréco Casadesus.  Quel est selon toi la différence entre le son (Sound Design notamment) et la musique ? 

La lisière entre un certain type de musique et le sound design peut être très subtile. Quand la musique exprime essentiellement des textures sonores, ou recherche un effet de fusion avec le bruitage d’un film, quand la musique ne veut pas émerger en tant que personnage, mais nous immerger quand même dans un état d’âme particulier, on est plus proche du sound design que de la composition musicale à proprement parler. Mais le sound design n’a pas une identité forte et identifiable en ligne générale, ce qui fait qu’on ne peut pas l’apparenter à la création musicale.
Il y a toutefois des expériences de musique concrète qui pourraient à leur tour être assimilées au sound design, si ce n’était qu’elles revendiquent une organisation et une structure plus complexe que le sound design lui-même.
Il est évident que si on compare une symphonie de Mozart à du sound design, on ne se pose pas la question.

3/ Tu fais partie de ces femmes qui travaillent dans un milieu essentiellement masculin ; quel est ton point de vue à ce sujet ?

Être femme n’a jamais été un obstacle extérieur pour moi. Je n’ai pas l’impression qu’on me considère comme une femme dans mon milieu professionnel : je suis une compositrice.
Par contre, la vie de femme est intrinsèquement plus complexe dans un métier qui impose des rythmes très changeants et surtout une occupation de l’espace mental totale. Le problème se pose surtout quand de femme… on devient mère. Il m’a été très difficile, aux abords de la maternité, de gérer mon métier qui est aussi ma passion, avec ma vie familiale.
Aujourd’hui que mes enfants sont plus âgés et donc moins dépendants de moi, je m’octroie plus facilement du temps où je n’existe que pour la musique.

4/ quels conseils donnerais-tu à une jeune femme, voire même moins jeune, qui veut faire ce métier ? 

Les mêmes que je donnerais aux hommes : il faut acquérir un immense bagage de compétences. Les moyens technologiques d’aujourd’hui peuvent donner l’illusion qu’on peut se passer de certaines étapes dans les apprentissages. Ne nous leurrons pas : pour aller loin et être reconnus grâce à une empreinte musicale personnelle et de qualité, il faut du travail, beaucoup d’acharnement et une certaine confiance en soi -même.
J’ai eu des jeunes et talentueuses étudiantes en musique de film qui m’ont raconté avoir eu des soucis pour être prises au sérieux car leur capacités étaient effacées par leurs charmes. Je pense que dans ce milieu de travail, il ne faut séduire que par la musique.

5/ Quel est selon toi le rapport à l’image chez un compositeur ?

Je pense que le rapport d’un compositeur à l’image est très subjectif. Dans mon cas, que je compose pour le concert ou pour l’image, j’ai une vision très imagée de la musique. Je me raconte une histoire, je visualise des images, des couleurs, des décors pour mes pensées musicales. Si je le pouvais, un jour, j’aimerais bien faire mes propres films. D’ailleurs, j’ai toujours écrit : des textes pour mes œuvres vocales, mais aussi extra-musicaux, des essais, des poèmes…

6/ Tu es pianiste et compositrice : sépares-tu ces deux activités ?

Je n’arrive toujours pas à faire le choix entre ces deux passions.
À l’origine de mes études, j’avais envisagé une carrière de pianiste. J’ai consacré les 20 premières années de ma vie entièrement à cet instrument. J’ai fait une énorme quantité de compétitions, de concerts, mais j’ai vite senti qu’essayer d’exprimer le monde intérieur d’autres individus était frustrant, car la distance du temps rendait cela impossible. Puis il y a un côté presque maniaque chez les musiciens interprètes : toujours à la recherche du détail le plus subtil qui doit amener à trouver LA manière de jouer ceci ou cela. Moi je voulais raconter quelque chose qui vienne de moi, je voulais prolonger en musique mes réflexions, partager mon monde intérieur.
Quand j’ai commencé à composer, j’ai longuement boudé le piano. J’avais besoin de m’en détacher, d’exister par moi-même, par mes pensées en utilisant toutes les couleurs des instruments de l’orchestre.
Ce n’est que récemment que je reviens au piano. Mon dernier album DUALITIES lui est entièrement consacré ; mais je trouve un autre plaisir à jouer ma propre musique avec l’instrument que je maîtrise et puis, quand j’ai des doutes sur l’interprétation, je peux poser la question au compositeur ;-)  !!
J’ai besoin de la scène, de ce partage direct avec le public, donc je fais une garde partagée entre le piano et la composition.

7/  Que penses-tu du rapport à l’image chez les américains et de leur organisation dans le cadre d’un projet musical. Je pourrais également te poser cette question dans un cadre français ? 

Le langage musical dans le cinéma américain devient de plus en plus codifié pour mieux répondre à des exigences de marché standardisées. Il ne prend que peu souvent le risque de surprendre, ou encore moins de choquer. Puis la relation artistique entre le réalisateur et le compositeur est filtrée par toute une escadrille d’assistants, orchestrateurs, superviseurs etc….
Il y a toujours des personnalités qui sortent du lot. Moi j’aime tout particulièrement le travail de Michael Giacchino. Généralement, quand la musique d’un film commence à attirer mon attention, je me rends compte qu’elle est de ce compositeur à la patte sûre et unique. D’autres compositeurs à la signature marquée sont en revanche comme des acteurs auxquels on demanderait toujours le même rôle. On les appelle toujours pour le même style de film et ils finissent par faire toujours la même B.O.

En France, les choses se passent peut-être encore différemment, même si le panorama commence à s’aligner sur ce qui se passe aux USA. J’ai eu la possibilité de discuter avec des compositeurs du grand circuit qui se plaignaient d’être poussés par les producteurs à faire appel à des orchestrateurs, arrangeurs etc…, mais qu’ils n’en avaient pas envie car l’orchestration est un élément essentiel pour définir la couleur et la signature unique d’un compositeur. Laisser orchestrer sa propre musique par quelqu’un d’autre reviendrait à lui laisser une emprise sur la forme du message et son unicité.

8/  Quel sont les compositeurs de musiques de films qui t’ont marquée ?

Sans l’ombre d’un doute : Nino Rota. Cet immense compositeur qui n’aimait pas le cinéma à réussi à établir un lien unique et personnel avec l’image qui reste à mon avis inégalé. De plus, on peut écouter sa musique sans voir les images auxquelles elle était destinée, et l’apprécier pour elle-même.

9/ Les compositeurs de musiques de films semblent ne pas partager les même intérêts du métier notamment au niveau de la SACEM ; que penses-tu de cela ?

La SACEM a pour vocation de gagner à travers notre travail de compositeurs en donnant en échange une protection et rémunération de droits. Il y a encore 20 ans, la SACEM avait aussi un rôle très important dans la promotion des créateurs. Aujourd’hui, les choses ont beaucoup changé car la SACEM ne finance que les retours d’investissement certains, et forcément finit par ne financer que ce qui devient de plus en plus commercial. Eux aussi ne prennent plus de risques… Mais tous, nous courons le danger de voir plonger la création dans l’aberration du cliché et du consommable.

Photo d'Alexandre Dubosc.

10/  La musique, tu l’as déclinée sous toutes ses formes et sur de nombreux supports, quels sont tes projets actuels ?

Actuellement je prépare des projets pour le Festival Présences Féminines 2018. Ce Festival entièrement consacré à la composition et à la découverte ou redécouverte de tant de talents féminins, me fait le plaisir et l’honneur d’en être la marraine l’année prochaine. Je voudrais développer un projet sur la Nature en collaboration avec les écoles. Je vais devoir répondre à une commande dédiée à une compositrice du passé, et animer une session qui sera exceptionnellement consacrée à la musique de film au féminin à cause de mes multiples casquettes. D’autres projets à venir également avec la danse et la haute-couture. Je compte aussi sortir un nouvel album consacré à la voix courant 2017.

Site de: Tiziana De Carolis.
Un reportage de TV5 monde paru lors du B.O. Concert en 2014.

Ciryle Coplan.

Par Ciryle Coplan | janvier 18, 2017 - 1:23 - Classé dans Articles

Pour ce début d’année, j’ai eu envie de présenter une femme, compositrice de son état, une expression artistique incontournable du cinéma français : Béatrice Thiriet. Elle sera aussi l’ouverture j’espère vers d’autres articles à consacrer aux femmes artistes de la profession. De nombreux échanges, sa passion du métier, et une gande patience de sa part, ont permis la réalisation de cet article : merci Béatrice !

Béatrice Thiriet.

1/ Quel beau parcours que le tien, avec cet angle qui caractérise l’artiste au sens noble de la profession. Dans cette aventure, quelle est aujourd’hui la chose qui continue à te porter?

Merci de ces beaux compliments … Je crois que ce qui a tracé cette route, qui caractérise mon cheminement et m’aide aujourd’hui à le continuer, c’est le talent : celui des cinéastes … qui me confient leurs films, qui me racontent leurs scénarios, qui me confient souvent en amont leur projet… Je me souviens du jour ou j’ai découvert les premières images de Lady Chatterley (Pascale Ferran ) : un bout à bout de quatre heures… J’ai tout de suite compris qu’il s’agissait là de quelque chose de magnifique… Ça s’appelle un chef d’oeuvre… J’étais enthousiaste, j’ai appelé la réalisatrice pour le lui dire, le producteur aussi (Gilles Sandoz)… Ils m’ont remercié et j’ai senti qu’ils ne se rendaient plus compte ; ils étaient fatigués, trop dedans !! Alors j’ai pris le relais, et j’ai composé la musique … C’est un beau souvenir.
Récemment, j’ai travaillé avec Dominique Cabrera sur un film intitulé Corniche Kennedy qui sort en ce moment (le 18 janvier 2017). Là encore, j’ai compris en arrivant sur le film qu’il se passait quelque chose de rare et de beau ; ça m’a inspirée et portée …

Séance de Corniche Kennedy

2/ Je t’ai vue dernièrement lors de la projection du documentaire réalisé par Jérôme Diamant-Berger consacré à Georges Clémenceau, et dont tu as composé la musique. On dit souvent que la musique joue un personnage dans le film ; tu joues également le rôle de Marguerite Baldensperger dans cette réalisation… Que penses-tu du lien entre personnage et musique ?

Le rôle de Marguerite a été une surprise pour moi … Je pensais au début faire une chose qui, en soit, était déjà assez extraordinaire : le réalisateur, Jérôme Diamant-Berger m’a demandé d’accompagner le film muet que son grand père Henri Diamant-Berger avait réalisé sur et avec Clémenceau. Et il m’a proposé de me filmer en train d’accompagner le film…
C’était déjà en soit une prouesse, car j’improvise lorsque j’accompagne des films muets. On l’a fait et refait, car au cinéma on vous filme sous plusieurs angles… A ma grande joie, ça s’est bien passé… Ensuite, j’ai été sollicitée de nouveau par Jérôme DB pour jouer les scènes de rencontres entre Marguerite et Clémenceau… Clémenceau est interprété par Michel Bouquet, l’acteur français que je préfère !
Mais pour revenir à la question, le rôle de la musique est à définir sur chaque projet, il peut être explicite, ou implicite. Être un personnage, pourquoi pas ? C’est un élément de langage du film que le cinéaste doit s’approprier, avec subtilité.

3/ La notoriété est une chose que tu connais avec notamment Le cœur des hommes (1, 2 et 3), cette notoriété t’a t’elle permis de t’imposer en tant que femme dans ce milieu très majoritairement masculin ?

Les coeur des hommes ( 1 2 et 3 ), Lady Chatterley ou Bird people, qui m’a valu une nomination aux Césars. Je travaille avec des cinéastes hommes et femmes à 50 /50. Je ne ressens pas la différence, je ne le dis pas « tiens j’écris ça parce que c’est une réalisatrice ou un réalisateur … », en ce qui concerne le milieu musical, il faut constater que les femmes y sont rares… Il faut le noter et veiller à ce que les femmes qui sont là soient davantage mises en valeur… C’est ce que tu fais en m’interviewant d’ailleurs, et je te remercie … C’est en train de bouger et je sais que de nombreuses jeunes femmes s’intéressent à la musique de film. Récemment, j’ai vu ma vie de courgette et la musique est signée par Sophie Hunger qui est nommée pour son travail au prix Lumière. Ça avance, un jour ou l’autre on trouvera ça très normal que l’Opéra de Paris soit dirigé par une femme… Qui commandera une œuvre à une compositrice…et que dans la fosse l’orchestre soit dirigé par une femme… On dira sans doute que c’est historique parce que ce sera la première fois…

4/ La bulle de l’artiste et son univers font partie de sa vie quotidienne. Penses-tu qu’un artiste peut rester aujourd’hui , à l’instar des artistes de la fin du 19ème et début du 20ème siècle, dans cette bulle tout en partageant avec l’extérieur son univers ?

La bulle de l’artiste, c’est sa matrice, c’est son laboratoire secret… Comme il n’a pas toujours conscience de quand il commence à créer – car ce n’est pas forcément assis devant sa table de travail, devant son ordinateur ou son piano -, ça peut ressembler à quelque chose de maladif…Distraction, oubli…
Mes filles me disent que je suis sourde parfois et c’est justement quand j’écris ! Les artistes du 19 ème étaient des voyageurs insatiables; ils parcouraient, quelquefois à pied, l’Europe… Du Nord à l’Italie… Ils exploraient leurs sentiments, se laissaient vivre leurs passions pour mieux les intérioriser, et les restituer dans leur œuvre… Ils étaient leur propre cobaye, se lançaient avec imprudence et candeur dans ce que l’on peut considérer comme les prémices de la découverte de l’inconscient… Aujourd’hui, l’artiste est très indépendant… Il a le pouvoir, grâce aux nouvelles technologies, de se produire et de se diffuser sans l’aide de personne… Mais il a toujours besoin de sa bulle… Ce peut être son home studio, ses synthés , sa caméra, son téléphone portable… Ce qui guette les artistes d’aujourd’hui, et peut leur faire mal, c’est la solitude. Et trop de virtualité… C’est le mal du siècle, non ?

5/ J’entendais dernièrement que ce qui fait naître un compositeur, ce sont notamment les trois critères suivants : avoir quelque chose à dire, avoir envie de le dire et enfin, savoir le dire. Qu’en penses-tu?

Être compositeur… Ou compositrice, c’est avoir des envies musicales, de la curiosité, des idées, et savoir prendre des risques pour réaliser ces envies musicales et mettre en valeur ses idées. Si un langage ou une idée musicale n’est pas bien réalisé, c’est difficile de le communiquer.

6/ La musique à l’image est souvent très stéréotypée, notamment par le Sound design, le Temp Track, la musique additionnelle, présents dans le processus d’élaboration du film. Le son semble et l’ambiance semblent prendre le dessus : peut-on encore parler d’artisanat lorsque l’on évoque le travail du compositeur ?

Rien ne change si le compositeur continue son travail sans se soucier du reste … Il faut chercher, se renouveler… Être exigeant…

7/ Le faible budget consacré au compositeur constitue t’il selon toi, un frein dans la stabilité et la continuité de ce métier en France ?

Il faut savoir se faire payer pour écrire, et bien délimiter la partie commande de la partie production. La commande, c’est le travail du compositeur… Quoi qu’il arrive, il faut qu’il soit payé pour mener sa réflexion. Une bonne musique, ça fait toute la différence, non ? Il faut aussi savoir communiquer avec le producteur du film… Lui communiquer sa passion, le mettre dans le coup du projet à venir…

8/ Ton parcours est celui d’une femme compositrice formée aux arts de la musique. A ton sens, ces formations ne peuvent- elles pas, d’une certaine manière, limiter l’expression artistique et créatrice du compositeur à l’image ?

J’ai un crédo … Il n y a pas de création sans culture : ça s’applique à tous les langages et à tous les styles… Pour Corniche Kennedy, j ai travaillé avec des rappeurs très jeunes, on a eu envie de communiquer, de s’unir… Le projet a abouti et il y a trois titres dont un slam sur un orchestre à cordes … C’est celui que je préfère… La BO sort en ligne le 15 janvier 2017… Tu me diras ce que tu en penses ?

9/ Le 7ème Art témoigne aussi de son époque. Le web, comme les multiples technologies permettent un accès démocratisé aux images. Les normes sont bousculées et font naître de nouvelles inspirations : dirais-tu que le cinéma français actuel est trop intellectualisé ?

Je ne sais pas… La France est un pays formidable pour faire des films, l’Europe et le monde entier nous envient ce système… J’en suis heureuse et fière… Le cinéma français est très diversifié… Les visiteurs côtoient juste la fin du monde dans le coffret des Césars 2017… Qu’est-ce qu’on veut de plus ?

10/ Que serait selon toi le cinéma français sans ceux qui ont fait la musique du cinéma d’hier? Alexandre Desplat, et bien d’autres, font traverser ces notes en dehors de nos frontières. Quels ont été ces compositeurs français qui t’on inspirée et que tu prends toujours plaisir à écouter ?

Maurice Jarre, Nino Rota, Enio Morricone. Vangelis et la musique de Blade runner par exemple… Mais il n y a pas que les États-Unis pour voyager… J’entame une seconde collaboration avec le jeune cinéaste indien Anup Singh… C’est formidable, ses films se baladent dans l’autre partie du monde : Inde / Asie, c’est pas mal non plus ? La carrière d’Alexandre Desplat est inouïe… C’est épatant ! Vive la France, merci Alexandre!

11/ Tu es une personne aux multiples ressources… Peux-tu me dire dans quelle (s) actualité (s) musicales tu es engagée en ce moment?

Je travaille à l’écriture de projets pour la scène … Opéra , oratorio… J’écris un livre et je monte un projet « l’atelier du créateur. », un site et une structure pour aider les artistes européens à travailler ensemble…
Enfin, je pars à Amsterdam tourner avec Max Von Sydow pour clore la série documentaire ” Cinémas mythiques ” produite par Kolam production dont j’ai composé la musique.

Séance de Corniche Kennedy


Corniche Kennedy. Ecoute sur Itunes. Cliquez sur l'image


Merci de m’avoir invitée à répondre à tes questions…

Encore un grand merci à toi Béatrice.

Site de: Béatrice Thiriet

Ciryle Coplan.

Par Ciryle Coplan | janvier 4, 2017 - 2:53 - Classé dans Articles

Je vous souhaite à tous une année pleine de réussite et de santé.
Je citerais trois phrases pour ce début d’année l’une de Coluche, l’autre de Winston Churchill et enfin d’Alfred Jarry.

– Les technocrates si on leur donnait le Sahara, dans cinq ans il faudrait qu’il achètent du sable ailleurs.

– Sous le capitalisme, les gens ont davantage de voitures. Sous le communisme, ils ont davantage de parkings.

– Je préfère un quart d’heure de mauvaise musique à une demi-heure de bonne.

Bonne année 2017 à tous ;)

Ciryle Coplan.

Prochain article avec Béatrice Thiriet

Par Ciryle Coplan | novembre 8, 2016 - 9:09 - Classé dans Articles

Bonjour à tous pour ce mois de novembre qui voit tomber ces premiers flocons de neige.
Et tel l’un de ces flocons arrive une nouvelle interview, celle d’Olivier Militon.

1/ J’ai déjà eu l’occasion de te rencontrer dans le cadre d’un ciné concert organisé par Audi Talents Awards en 2013. Ton accueil a été fort chaleureux ! Selon toi, cette approche du contact peut-elle servir le compositeur dans le cadre de ses relations ?

Je pense que c’est une qualité qui sert tous nos rapports, personnels ou professionnels et particulièrement dans la musique à l’image, où il est justement question de rapports entre un Réalisateur et un Compositeur. Qui plus est, nous travaillons dans un milieu artistique où les émotions sont souvent exacerbées et où sphères professionnelles et personnelles se confondent facilement.
Dans mes rapports avec le Réalisateur, j’essaie d’être à l’écoute et de faire preuve d’une certaine bienveillance… Pour se mettre au service du film, il me semble nécessaire de se comprendre mutuellement et d’orienter au mieux le réalisateur dans ses souhaits.
Enfin, malgré le milieu concurrentiel dans lequel nous évoluons, je pense que nous avons tous intérêt à nous respecter les uns les autres, et autant le faire avec plaisir et bonne humeur !

2/ Tu sembles donner beaucoup de place à l’instinct dans le processus de composition ; qu’en penses-tu ?

J’aime travailler sur la matière que m’offre le film : les images, le son, la lumière, le mouvement, le rythme, etc. En tant que Compositeur, nous œuvrons sur du matériau assez brut (le montage est en cours, pas ou peu de VFX, le mixage n’est pas réalisé, l’étalonnage non plus, etc.), il faut donc imaginer ce que va devenir le film.
De manière générale, j’apprécie d’arriver assez tôt dans le process de fabrication, cela me permet de m’imprégner du (des) scénario(s), de suivre le cheminement du film et de partager régulièrement avec le Réalisateur. C’est une nourriture pour ma création.
Lorsque je suis en phase de composition, je travaille effectivement beaucoup plus à l’instinct, je trouve une matière sonore qui colle, un motif que je sens bien, j’écoute, j’affine… En suivant toutes les phases de création, on est plus en phase justement avec le Réalisateur dans ses intentions.

3/ Tu enseignes la musique à l’image dans un conservatoire; que t’apportent ces étudiants qui tentent l’aventure de ce beau métier ?

C’est un vrai plaisir de travailler avec ces jeunes étudiants talentueux, motivés et curieux. Et c’est une chance pour moi aussi de découvrir leurs univers, de les aider à développer leur « patte » sans compromettre leurs désirs de musique, leur souhait de cinéma par un formatage contre-productif. Ils m’offrent un champ de possibles plus vaste que celui que j’aurais pu imaginer seul, cela me nourrit aussi, je le vois comme un échange…

4/ Le Sound Design fait partie intégrante du processus de fabrication d’un film. Il donne souvent un apport rythmique mais aussi une couleur, des sons d’aujourd’hui. Penses-tu que cette nouvelle donne change la vie du compositeur ?

Il est vrai en effet que la frontière entre la musique et le son est parfois très fine – je suis d’ailleurs moi-même Compositeur et Sound designer. Il me semble nécessaire pour le Compositeur d’aujourd’hui de travailler en collaboration avec le Sound designer, afin de bien délimiter les champs d’action de chacun et que la création de l’un puisse servir celle de l’autre.

5/ Tu donnes des cours dans une institution dite classique; que penses-tu de la phrase suivante : ‘il y a aujourd’hui, des compositeurs incultes qui ne savent ni lire ni écrire la musique’…

Je ne sais pas d’où vient cette phrase, mais il y a une réalité : le Compositeur moderne est doté d’outils informatiques qui peuvent lui permettre de composer de la musique (même symphonique) sans utiliser ni papier, ni crayon ni gomme. Selon moi, ces Compositeurs ne sont pas « incultes » mais ont une autre culture, une autre expérience de la création musicale. Certains apportent des éléments tout à fait nouveaux et intéressants dans leur approche de la musique, et en prolongement, de la musique de film.
Personnellement, ayant des influences assez variées, allant de la musique classique à l’électro, en passant par la pop et les musiques du monde, je suis très curieux de ces nouvelles approches. Ils apportent une richesse dans l’univers des possibles.

6/ la forme comme le fond est un élément important de la culture Française. Selon toi, la musique à l’image tombe t-elle dans cette culture ou la forme primerait sur le fond ?

Je crois que l’on s’est beaucoup reposé sur une idée un peu trop stéréotypée de la musique de film, d’inspiration néo-romantique. J’adore cette musique, mais aujourd’hui on assiste à une explosion des formes, à l’apparition de créatifs venant des musiques actuelles qui bouleversent un peu cette tradition. C’est une période assez bousculée, mais très intéressante au niveau créatif, car beaucoup de choses sont possibles.
Mais revenons au fond : à mon sens, le plus important dans un film est bien que la musique apporte de « l’intelligence » supplémentaire au projet. Sinon, à quoi sert-elle ? A du « papier peint » comme le disait Stravinsky ?

7/ On a beaucoup parlé de métier pour désigner le cadre de la composition à l’image: peut-on aujourd’hui toujours parler de métier ?

Je milite pour cette idée. J’aimerais que cela devienne une véritable profession, de l’artisanat. Mais pour cela, il faut que tous les Compositeurs donnent de la valeur à notre travail de création. Cela suppose donc des relations PROFESSIONNELLES avec le Producteur : signature d’un contrat de commande précisant le cadre de notre intervention, le revenu à la commande (pour notre travail de création), le budget de production de la musique (musiciens, mixeur, studio, etc.).
Beaucoup de Compositeurs sont trop laxistes sur cette question, et je peux le comprendre puisque ce n’est pas toujours facile de négocier ce cadre avec un Producteur, mais c’est une nécessité pour faire de notre activité un véritable métier, conventionné, et de familiariser les producteurs avec les bonnes pratiques. Ce doit être enseigné aux jeunes, lors de leur apprentissage.
Il y a quelques temps, alors que je discutais d’un contrat avec un producteur, ce dernier m’a indiqué que « de nombreux Compositeurs, dont certains que tu connais, seraient prêts à travailler gratuitement pour nous… ». Info ou Intox ? Ce qui est sûr, c’est qu’il y a des Compositeurs « pro » qui travaillent gratuitement sur des productions, et que cela va à l’encontre de la professionnalisation.
Mais je ne désespère pas et veux croire que nous avons les moyens de nous structurer davantage…

8/ Les compositeurs à l’image de la nouvelle génération sont aussi des passionnés de l’informatique. Le séquenceur est un outil et une arme nécessaire dans le processus d’élaboration d’une composition aujourd’hui. Dans ce processus et à ton sens, où se place la part d’écriture classique et celle du rapport de la musique à l’image?

Avec l’avènement de l’informatique, le Compositeur moderne doit être très polyvalent : outre la maîtrise traditionnelle des techniques de composition, d’écriture, d’orchestration, de Direction, il lui faut désormais être à l’aise en informatique logicielle, en techniques du son, de mixage, etc. C’est un métier qui demande de grandes connaissances et un grand savoir-faire.
A mon sens, l’écriture classique reste un socle très intéressant, même si elle n’est pas obligatoire. A l’instar d’autres Compositeurs, je travaille en premier lieu sur le séquenceur afin de dialoguer avec le Réalisateur sur des « maquettes » très réalistes et convaincantes. Cela permet aussi une grande précision à l’image près, c’est très précis et flexible. Une fois la musique validée, j’envoie le travail sur l’éditeur de partitions pour la copie.

9/ Tu as remporté de nombreuses récompenses hors frontière. Comment sont perçus la musique et le compositeur français dans les autres pays ?

De manière générale, d’après ce que j’ai pu entendre dans d’autres pays, et notamment en Allemagne, le Compositeur français semble perçu comme étant un être sensible, fantasque et capable d’expérimentations.

10/ Enfin, tu fais partie à mon sens de ces compositeurs qui font de ce métier une belle réussite; que conseilles-tu au fou qui voudrait tenter cette aventure ?

Merci du compliment ! Je ne sais s’il faut être fou (allez, peut-être un peu eh eh !), mais à défaut il faut avoir une détermination sans faille et une certaine confiance en ses capacités. Savoir se remettre en question et ne pas mettre trop d’ego dans la création.
C’est un métier riche et passionnant pour celui qui persévère.
Merci à toi pour ces échanges !

Merci à toi Olivier, pour cette conversation où le métier de compositeur de musique à l’image est un petit bonheur tout simplement.

Voir le site d’Olivier Militon Vous pouvez également le retrouver sur Facebook.
Enfin, vous pouvez l’écouter dans une interview faite en radio sur le sujet du métier de compositeur à l’image. Radiosemnoz.

Ciryle Coplan.

Par Ciryle Coplan | octobre 1, 2016 - 12:44 - Classé dans Articles

Bonjour à tous,

Nous continuons ce mois-ci avec une interview du compositeur Olivier Calmel. Pour ma part, j’apprécie l’homme et le musicien. L’homme puisqu’ouvert sur le monde des musiciens aussi bien pro qu’amateurs, le musicien car jazzman, ce qui est pour moi une grande qualité pour un compositeur.
Aujourd’hui, Olivier s’est prêté au jeu des questions réponses, de façon très spontanée. Quelle joie de pouvoir partager les interviews de tous ces compositeurs !

1/ Dans ton parcours de compositeur à l’image, quel est ton plus beau souvenir de composition à tes débuts?

J’ai plusieurs excellents souvenirs … Je dirais le premier court dont j’ai composé la musique pour Claude Farge : « Close Up » avec Clovis Cornillac et Gérald Laroche. C’était un projet magnifique ou j’ai eu une grande marge de manœuvre.

2/ Le jazz occupe une part importante que tu exprimes notamment dans « Horizons  déconcertants », quels sont les avantages que le jazz t’apporte dans ta vie de compositeur à l’image?

Le jazz fait partie intégrante de ma vie de compositeur et de pianiste. J’aime la pluralité de ses formes et de ses styles, ses libertés, ses transgressions, sa puissance rythmique, sa spiritualité…. Par ailleurs, le jazz exige un niveau instrumental tel qu’il me permet d’avoir la capacité de bien jouer de mon instrument principal.

3/ Fais-tu partie de ceux qui utilisent la MAO pour composer tes musiques et penses-tu que l’ordinateur peut susciter l’inspiration?

J’ai une bonne configuration de MAO mais je l’utilise finalement assez peu. Principalement pour des projets dont la finalité est l’outil informatique. J’utilise en revanche très peu, en fait même jamais, les VST pour composer des musiques acoustiques. Tout simplement car je travaille toujours avec des instrumentistes et des ensembles. Enfin, tout outil bien utilisé peut évidemment susciter l’inspiration !

4/ Que fait un compositeur au quotidien ; passes-tu ton temps à composer?

Cela dépend beaucoup des périodes, des projets, des dates de créations, de répétitions… En ce moment, mon quotidien est fait d’orchestration, notamment pour une commande pour Radio France.

5/ Dans ton métier de compositeur, je dirais que tu es un touche-à-tout ; entre les différentes disciplines que tu exerces, quelle est celle qui se rapproche le plus de ta personnalité ?

Je ne me considère pas touche-à-tout. Je suis juste un compositeur, parmi tant d’autres, dont la culture est multiple et cohérente à la fois. Étant pianiste, je ne peux me détacher de la scène, de l’énergie que l’on donne et que l’on reçoit quand on est en concert. Cela n’est évidemment pas du tout incompatible avec l’introspection des jours et des nuits à composer pour un ensemble ou un orchestre. De la même façon, je suis la même personne lorsque je compose pour un quintette à vent, pour une formation de jazz, pour la Maîtrise de Radio France ou pour un orchestre. Je suis exactement le même, même si l’artisanat doit s’affiner sur chaque projet bien évidemment.

6/ Quel est ton regard sur le métier de compositeur à l’image en France?

Une part importante de mes amis sont compositeurs à l’image, je pense que c’est un beau métier, plein de création et de surprise, complet, technique et artistique. Cependant j’avoue ne pas comprendre parfois le sens de la marche forcée que nous impose les productions audiovisuelles et même certains compositeurs dont le discours revient souvent à « Il faut faire comme cela aujourd’hui, sinon tu es un dinosaure ». J’ai vraiment l’impression que la musique à l’image en France reste un parent pauvre, voire un pauvre parent, avec trop souvent peu de moyens et très peu de considération du métier de compositeur. Il existe aussi des cycles, des modes de production dominants, mais la pluralité est souhaitable et nécessaire pour la diversité culturelle. Si nous sommes tous amenés irrémédiablement à « écrire » pour des VST de gros patterns de 8 cors et trombones accompagnés par des percussions testostéronées et des cordes en spiccato multi-compressées, je pense que la musique aura perdu quelque chose d’essentiel dans le processus. Mais il est aussi vrai qu’un certain nombre de musiciens qui travaillent à l’image ont une considération de leur métier plus proche du conseiller en assurance-vie que du métier de compositeur.

7/ La France est un véritable vivier où beaucoup font raisonner leurs notes de musique ; quels sont les compositeurs que tu écoutes actuellement ?

Thierry Escaich, Andy Emler, Philippe Hersant, Benoit Menut, Pascal Zavarro, et tant d’autres…

8/ Tu fais partie d’une famille de musiciens ; transmets-tu également cette discipline à tes enfants?

Absolument. Mon grand, Thomas (13 ans), est clarinettiste, il joue en orchestre et en musique de chambre, il joue vraiment très bien et prend beaucoup de plaisir. Mon petit Guillaume (10 ans) est violoniste, il a une oreille redoutable et passe son temps à chanter tout ce qu’il entend, en respectant tonalité et tempi même si entendu qu’une fois dans un lieu public …

9/ Au cours de ta carrière, quel a été ton plus beau souvenir de musicien ?

Je fais ce métier car j’ai la chance d’avoir un nombre incroyable de souvenirs qui m’accompagnent et me donne la force d’avoir envie ! Si je devais n’en citer qu’un ? La création des « Trois Messes Basses » de mon papa Roger sur le texte d’Alphonse Daudet, à laquelle j’ai participé quand j’avais 7 ans. Un moment exceptionnel, un de ceux qui m’ont façonné.

10/ La musique à l’image suscite des vocations chez les jeunes ; quels conseils leur donnerais-tu?

Travailler son artisanat, encore et encore. Et venir au Conservatoire Paul Dukas dans les classes de musique à l’image (Jean-Michel Bernard), composition (Eric Tanguy) et orchestration (la mienne) !

Encore merci à toi Olivier et bonne continuation dans cette aventure musicale et humaine.

Vous pouvez retrouver Olivier sur son site internet Olivier Calmel. mais aussi sur Facebook.

Actualité: Création ECCE PARIS ECCE HOMO

Ciryle Coplan.

Par Ciryle Coplan | septembre 8, 2016 - 5:12 - Classé dans Articles

Bonjour à tous pour ce mois de Septembre où la rentrée sonne le son du travail.

Voici une nouvelle interview du compositeur à l’image Mathieu Vilbert que j’apprécie particulièrement.
Je remercie encore ce jeune compositeur de talent pour sa gentillesse, et sa sympathie spontanée. Encore une fois, j’ai la chance de converser avec un compositeur mais aussi un professeur. En effet, prochainement Mathieu donnera des cours de musique à l’image au conservatoire de Levallois.

1/ La première rencontre avec la musique à l’image est venu à quel âge et dans quelle circonstance?

Très jeune (vers 12 ans), j’ai eu presque toutes les consoles de jeux à partir de la séga !! Un peu un geek en effet ! Et j’adorais comme tout gamin l’interaction qu’il y avait entre les différents bruitages, la musique et le visuel, mais sans vraiment m’en rendre compte.

Sonic, Mario, la légende de Zelda, Final Fantasy, Rayman, Soul Blade, Goldeneye… ont été des jeux marquants  pour moi où la musique était composée comme pour un film dans les séquences où on ne jouait pas !
C’était magique de comprendre comment une musique pouvait donner une telle importance au scénario et aux différents personnages de l’histoire. Et fascinant de voir comment le personnage évoluait avec le décor, où l’ambiance devenait différente en fonction de l’action.

Mais la musique qui m’a énormément marqué est entre autre  «Metal Gear Solid 2, sons of liberty», composé par Harry Gregson williams, la musique d’introduction est juste parfaite !

2/ Tu fais partie de ceux qui ont un parcours dit structuré (université et école de musique) est-ce que tout ceci t’as permis d’être là où tu es aujourd’hui en sachant que tu as déjà travaillé avec des réalisateurs?

Oui, c’est sûr, c’est un tout.
A la fac, je jouais beaucoup dans des groupes, tel swing Sofa, un groupe avec un style se rapprochant du jazz manouche, et pas mal de bœuf dans des pubs. Et je jouais du violon dans un orchestre symphonique.

Ensuite je suis allé à la Music Academy International à Nancy qui m’a appris à composer sur ordinateur.
Et à 22 ans, j’ai été trois ans dans l’éducation nationale en tant que prof de musique en collège et lycée.
Je me suis installé ensuite sur Paris où je n’avais aucun contact . Le fait d’avoir fait tout cela ne m’a pas aidé à trouver du monde! Mais cela m’a aidé à avoir confiance!  

3/ Ta première rencontre avec un réalisateur s’est faite dans quelles circonstances?

C’était à la Music Academy International, où j’ai eu plusieurs exercices de compositions à réaliser avec l’Essec: le premier court-métrage que j’ai composé a été «L’heure de la fuite» réalisé par Elisa Franck et Emilie Gaussiat (rigolo de le voir et de l’entendre !!). Cela s’est très bien déroulé, mais chacun a fait son chemin ensuite!

4/ Comment travailles-tu de manière générale avec un réalisateur et comment se structure la commande d’une musique?

C’est très aléatoire selon le réalisateur. Cela peut commencer directement avec le scénario, mais je n’aime pas réellement ce procédé car c’est surtout l’image qui dicte le style musical. Si je compose sur l’image, c’est pour essayer de capter le mouvement, de capter la lumière, en transcrivant cette émotion musicalement. Et c’est là qu’aucune règle ne s’applique car la magie de cette fusion est souvent étrange.

Le plus important est déjà le feeling que tu vas avoir avec le réalisateur. La musique et l’image sont deux langages différents et je pense que le mieux est lorsque le réalisateur te fait confiance et te donne carte blanche! Je pense que connaître l’histoire du cinéma pour un compositeur et de connaître l’histoire de la musique pour un réalisateur serait le top !

Concernant une commande d’une musique, tout dépend. Généralement, tu présentes une maquette temporaire, tu la modifies au fur et à mesure des attentes du réalisateur et ensuite tu essayes d’obtenir un budget pour avoir de vrais musiciens  si tu ne l’as pas encore! Ensuite, il m’arrive d’enregistrer directement avec de vrais musiciens pour la maquette car cela est trop compliqué de retranscrire toutes les articulations par la M.A.O.

5/ Le réalisateur d’un projet est un élément important; peut-on parler de direction artistique sur un projet telle que la musique?

On pourrait eventuellement faire référence au titre de superviseur musical, très prisé aux Etats Unis. Cela prive parfois du courant qui pourrait se créer entre un réalisateur et un compositeur.
La meilleure direction artistique possible est celle que tu expérimentes avec le réalisateur et le monteur sans autres interlocuteurs. A moins que le superviseur intervienne en même temps que toi.

6/ Les VST et les séquenceurs aujourd’hui, constituent un outil incontournable dans le parcours du compositeur, que penses-tu de ce phénomène?

Je pense que cela ouvre des portes, et permet d’être plus ouvert sur d’autres styles de musique qui se sont développées, entre autre l’alliage entre l’orchestre classique et la musique électronique.

C’est surtout un faux débat de dire que tout le monde peut maintenant faire de la musique sur ordinateur. Peu importe la manière dont le compositeur crée, ce qui compte avant tout est ce qu’il veut faire ressentir à l’auditeur.

Certaines personnes écrivent mieux avec un crayon et une gomme et des personnes créent mieux sur un ordinateur. Beaucoup se sentent obligés de voir un aspect négatif avançant que cela aboutit à une pauvreté dans l’écriture. Je dirais plutôt que cela entraîne une autre forme de structure qui peut donner naissance à une autre écriture.

Ensuite, je sais que cela est un outil formidable pour composer de la musique orchestrale, et avoir une relation directe avec tous les instruments de l’orchestre.

7/ Tu es un jeune compositeur et dans ce cadre quels conseils donnerais-tu à un débutant qui découvre vouloir faire ce métier?

Regarder des films… et avoir la carte Gaumont ou UGC ! Autant des films anciens que récents et comprendre comment la musique marche sur une image. Des films tels que Blade Runner, Apocalypse Now, Cinéma Paradiso, La prisonnière du désert…

8/ Quels sont les compositeurs qui t’ont influencés et quels sont ceux aujourd’hui que tu suis attentivement?

Ce qui m’a donné avant tout la passion pour le cinéma sont les réalisateurs qui offraient aux spectateurs un spectacle ! Tel le «cinquième élément» réalisé par Luc Besson, avec un univers sublime, et une musique remarquable ou bien «Gladiateur» réalisé par Ridley Scott, qui a été le film qui m’a vraiment interpellé musicalement et qui m’a donné envie de faire de la musique de film.

J’admire Hans Zimmer pour le style qu’il a instauré, un style épuré et élégant montré par ces mélodies; toute les richesses et puissance orchestrale mises au service de l’émotion. «Le Roi Lion» est la B.O parfaite en l’occurrence. Sa compréhension de l’image également où chaque entrée musicale a un rôle à jouer sur l’histoire.
Même en live, Hans Zimmer arrive à nous transporter grâce à des musiciens d’un haut niveau.

Alexandre Desplat par sa subtilité à mettre de la musique sur une image, je retiens notamment «Le discours d’un Roi» réalisé par Tom Hooper  et «Ghost Writer» de Roman Polanski.
Jean-Michel Bernard, avec l’univers décalé qu’il crée sur les films de Michel Gondry.

La B.O du film «Rock», composé par Harry Gregson Williams et coécrit avec Nick Glennie-Smith et Hans Zimmer. Une musique d’action avec plusieurs thèmes clés, qui touche directement l’auditeur, par l’émotion que procurent ces mélodies orchestrales.

John powell également avec la bande originale de «Dragon».
Et plein d’autres….!

9/ Tu fais partie de ceux qui ont rejoint l’UCMF depuis plus d’une année.  Que penses-tu de cette institution et quel est ton regard sur le métier?

Cette institution l’est une des rares en France qui permet à tous les compositeurs de musique de film de se regrouper et échanger sur l’évolution de ce métier. Les dirigeants de l’UCMF ont tous une grande expérience du métier et cela est une aide essentielle pour des jeunes compositeurs comme moi qui commencent dans ce milieu.

Ensuite, je pense qu’un retour en arrière est nécessaire pour comprendre comment l’UCMF m’a aidé dans ce milieu qui reste très difficile !
Je me suis installé fin 2013 sur Paris et c’est là que j’ai commencé à composer de la musique de film en arrêtant d’être professeur pour me consacrer entièrement à cela.
J’ai eu par la suite mes cours à l’université d’Angers (très fier !) où j’enseigne la  composition de musique de film, encore aujourd’hui.
Un matin j’ai eu un coup de fil d’Elizabeth Ansctutter (compositeur, conférencière, secrétaire de l’UCMF) me disant que j’avais gagné le concours de l’UCMF (franchement, c’était tellement improbable !!!). Elle me disait en plus que mon œuvre serait jouée au grand Rex ! Et que j’avais gagné un contrat avec Audiens, pour lesquels j’ai réalisé une musique téléphonique et une musique pour une de leur cérémonie !

A partir de là, tout s’est déclenché….j’ai eu quelques contrats très rapidement, et surtout j’ai eu la chance de rencontrer Philippe Eidel, un compositeur de talent. Il a réalisé un mixage de «Austerlitz» avec Franck Redlich (la musique du concours que j’ai gagné). Il m’appelle un jour et me propose d’être le compositeur du film «Un homme d’Etat», de Pierre Courrège… Peu de compositeur pourrait proposer cela aujourd’hui à un autre compositeur !!! Si je suis là aujourd’hui, c’est donc avant tout, d’abord, grâce aux différentes situations qui se sont présentées à moi, et sans être pour autant opportuniste. Mais ces situations, je les ai provoquées, je ne suis pas resté chez moi en attendant un contrat!!

10/ Tu as eu la chance de participer aux 10 ans de l’UCMF, entouré de compositeurs de renom, quelle a été ton impression au moment où ton morceau a été joué ?

Oui, je me rappelle des répétitions où j’ai pu croiser tous les grands compositeurs dont Vladimir Cosma, et tous étaient vraiment sympathiques avec moi. Eric Serra m’a salué pour mon travail sur Austerlitz!! Et Robert Fienga m’a offert un café,  quoi demander de mieux?!! Le jour J, il est vrai que j’ai un peu stressé ! Mais l’orchestre du Coge était merveilleux, ainsi que leur chef Aurélien Azan Zielinski. Lorsque le morceau a été joué, j’en ai profité le plus possible durant 2’26 minutes.

11/ Tu as une formation de violoniste, cet instrument t’a apporté des avantages en tant que musicien?

Cet instrument m’a permis de continuer la musique aujourd’hui… C’est grâce à mon instrument que je me suis mis à composer, et je pense que n’importe quel compositeur doit avant tout être musicien et maîtriser son instrument.

L’avantage est que je vais me mettre à jouer de l’alto et certainement du violoncelle, pour ainsi faire une maquette de quatuor moi-même avant de faire appel à des pros!

Je te remercie encore Mathieu!!! Au plaisir de te rencontrer prochainement!!!

Site de Mathieu Vilbert. Vous pouvez également le retrouver sur FB.
Voir également le site: Moebius Musique .

Ciryle Coplan.