By Ciryle Coplan | septembre 8, 2016 - 5:12 - Posted in Articles

Bonjour à tous pour ce mois de Septembre où la rentrée sonne le son du travail.

Voici une nouvelle interview du compositeur à l’image Mathieu Vilbert que j’apprécie particulièrement.
Je remercie encore ce jeune compositeur de talent pour sa gentillesse, et sa sympathie spontanée. Encore une fois, j’ai la chance de converser avec un compositeur mais aussi un professeur. En effet, prochainement Mathieu donnera des cours de musique à l’image au conservatoire de Levallois.

1/ La première rencontre avec la musique à l’image est venu à quel âge et dans quelle circonstance?

Très jeune (vers 12 ans), j’ai eu presque toutes les consoles de jeux à partir de la séga !! Un peu un geek en effet ! Et j’adorais comme tout gamin l’interaction qu’il y avait entre les différents bruitages, la musique et le visuel, mais sans vraiment m’en rendre compte.

Sonic, Mario, la légende de Zelda, Final Fantasy, Rayman, Soul Blade, Goldeneye… ont été des jeux marquants  pour moi où la musique était composée comme pour un film dans les séquences où on ne jouait pas !
C’était magique de comprendre comment une musique pouvait donner une telle importance au scénario et aux différents personnages de l’histoire. Et fascinant de voir comment le personnage évoluait avec le décor, où l’ambiance devenait différente en fonction de l’action.

Mais la musique qui m’a énormément marqué est entre autre  «Metal Gear Solid 2, sons of liberty», composé par Harry Gregson williams, la musique d’introduction est juste parfaite !

2/ Tu fais partie de ceux qui ont un parcours dit structuré (université et école de musique) est-ce que tout ceci t’as permis d’être là où tu es aujourd’hui en sachant que tu as déjà travaillé avec des réalisateurs?

Oui, c’est sûr, c’est un tout.
A la fac, je jouais beaucoup dans des groupes, tel swing Sofa, un groupe avec un style se rapprochant du jazz manouche, et pas mal de bœuf dans des pubs. Et je jouais du violon dans un orchestre symphonique.

Ensuite je suis allé à la Music Academy International à Nancy qui m’a appris à composer sur ordinateur.
Et à 22 ans, j’ai été trois ans dans l’éducation nationale en tant que prof de musique en collège et lycée.
Je me suis installé ensuite sur Paris où je n’avais aucun contact . Le fait d’avoir fait tout cela ne m’a pas aidé à trouver du monde! Mais cela m’a aidé à avoir confiance!  

3/ Ta première rencontre avec un réalisateur s’est faite dans quelles circonstances?

C’était à la Music Academy International, où j’ai eu plusieurs exercices de compositions à réaliser avec l’Essec: le premier court-métrage que j’ai composé a été «L’heure de la fuite» réalisé par Elisa Franck et Emilie Gaussiat (rigolo de le voir et de l’entendre !!). Cela s’est très bien déroulé, mais chacun a fait son chemin ensuite!

4/ Comment travailles-tu de manière générale avec un réalisateur et comment se structure la commande d’une musique?

C’est très aléatoire selon le réalisateur. Cela peut commencer directement avec le scénario, mais je n’aime pas réellement ce procédé car c’est surtout l’image qui dicte le style musical. Si je compose sur l’image, c’est pour essayer de capter le mouvement, de capter la lumière, en transcrivant cette émotion musicalement. Et c’est là qu’aucune règle ne s’applique car la magie de cette fusion est souvent étrange.

Le plus important est déjà le feeling que tu vas avoir avec le réalisateur. La musique et l’image sont deux langages différents et je pense que le mieux est lorsque le réalisateur te fait confiance et te donne carte blanche! Je pense que connaître l’histoire du cinéma pour un compositeur et de connaître l’histoire de la musique pour un réalisateur serait le top !

Concernant une commande d’une musique, tout dépend. Généralement, tu présentes une maquette temporaire, tu la modifies au fur et à mesure des attentes du réalisateur et ensuite tu essayes d’obtenir un budget pour avoir de vrais musiciens  si tu ne l’as pas encore! Ensuite, il m’arrive d’enregistrer directement avec de vrais musiciens pour la maquette car cela est trop compliqué de retranscrire toutes les articulations par la M.A.O.

5/ Le réalisateur d’un projet est un élément important; peut-on parler de direction artistique sur un projet telle que la musique?

On pourrait eventuellement faire référence au titre de superviseur musical, très prisé aux Etats Unis. Cela prive parfois du courant qui pourrait se créer entre un réalisateur et un compositeur.
La meilleure direction artistique possible est celle que tu expérimentes avec le réalisateur et le monteur sans autres interlocuteurs. A moins que le superviseur intervienne en même temps que toi.

6/ Les VST et les séquenceurs aujourd’hui, constituent un outil incontournable dans le parcours du compositeur, que penses-tu de ce phénomène?

Je pense que cela ouvre des portes, et permet d’être plus ouvert sur d’autres styles de musique qui se sont développées, entre autre l’alliage entre l’orchestre classique et la musique électronique.

C’est surtout un faux débat de dire que tout le monde peut maintenant faire de la musique sur ordinateur. Peu importe la manière dont le compositeur crée, ce qui compte avant tout est ce qu’il veut faire ressentir à l’auditeur.

Certaines personnes écrivent mieux avec un crayon et une gomme et des personnes créent mieux sur un ordinateur. Beaucoup se sentent obligés de voir un aspect négatif avançant que cela aboutit à une pauvreté dans l’écriture. Je dirais plutôt que cela entraîne une autre forme de structure qui peut donner naissance à une autre écriture.

Ensuite, je sais que cela est un outil formidable pour composer de la musique orchestrale, et avoir une relation directe avec tous les instruments de l’orchestre.

7/ Tu es un jeune compositeur et dans ce cadre quels conseils donnerais-tu à un débutant qui découvre vouloir faire ce métier?

Regarder des films… et avoir la carte Gaumont ou UGC ! Autant des films anciens que récents et comprendre comment la musique marche sur une image. Des films tels que Blade Runner, Apocalypse Now, Cinéma Paradiso, La prisonnière du désert…

8/ Quels sont les compositeurs qui t’ont influencés et quels sont ceux aujourd’hui que tu suis attentivement?

Ce qui m’a donné avant tout la passion pour le cinéma sont les réalisateurs qui offraient aux spectateurs un spectacle ! Tel le «cinquième élément» réalisé par Luc Besson, avec un univers sublime, et une musique remarquable ou bien «Gladiateur» réalisé par Ridley Scott, qui a été le film qui m’a vraiment interpellé musicalement et qui m’a donné envie de faire de la musique de film.

J’admire Hans Zimmer pour le style qu’il a instauré, un style épuré et élégant montré par ces mélodies; toute les richesses et puissance orchestrale mises au service de l’émotion. «Le Roi Lion» est la B.O parfaite en l’occurrence. Sa compréhension de l’image également où chaque entrée musicale a un rôle à jouer sur l’histoire.
Même en live, Hans Zimmer arrive à nous transporter grâce à des musiciens d’un haut niveau.

Alexandre Desplat par sa subtilité à mettre de la musique sur une image, je retiens notamment «Le discours d’un Roi» réalisé par Tom Hooper  et «Ghost Writer» de Roman Polanski.
Jean-Michel Bernard, avec l’univers décalé qu’il crée sur les films de Michel Gondry.

La B.O du film «Rock», composé par Harry Gregson Williams et coécrit avec Nick Glennie-Smith et Hans Zimmer. Une musique d’action avec plusieurs thèmes clés, qui touche directement l’auditeur, par l’émotion que procurent ces mélodies orchestrales.

John powell également avec la bande originale de «Dragon».
Et plein d’autres….!

9/ Tu fais partie de ceux qui ont rejoint l’UCMF depuis plus d’une année.  Que penses-tu de cette institution et quel est ton regard sur le métier?

Cette institution l’est une des rares en France qui permet à tous les compositeurs de musique de film de se regrouper et échanger sur l’évolution de ce métier. Les dirigeants de l’UCMF ont tous une grande expérience du métier et cela est une aide essentielle pour des jeunes compositeurs comme moi qui commencent dans ce milieu.

Ensuite, je pense qu’un retour en arrière est nécessaire pour comprendre comment l’UCMF m’a aidé dans ce milieu qui reste très difficile !
Je me suis installé fin 2013 sur Paris et c’est là que j’ai commencé à composer de la musique de film en arrêtant d’être professeur pour me consacrer entièrement à cela.
J’ai eu par la suite mes cours à l’université d’Angers (très fier !) où j’enseigne la  composition de musique de film, encore aujourd’hui.
Un matin j’ai eu un coup de fil d’Elizabeth Ansctutter (compositeur, conférencière, secrétaire de l’UCMF) me disant que j’avais gagné le concours de l’UCMF (franchement, c’était tellement improbable !!!). Elle me disait en plus que mon œuvre serait jouée au grand Rex ! Et que j’avais gagné un contrat avec Audiens, pour lesquels j’ai réalisé une musique téléphonique et une musique pour une de leur cérémonie !

A partir de là, tout s’est déclenché….j’ai eu quelques contrats très rapidement, et surtout j’ai eu la chance de rencontrer Philippe Eidel, un compositeur de talent. Il a réalisé un mixage de «Austerlitz» avec Franck Redlich (la musique du concours que j’ai gagné). Il m’appelle un jour et me propose d’être le compositeur du film «Un homme d’Etat», de Pierre Courrège… Peu de compositeur pourrait proposer cela aujourd’hui à un autre compositeur !!! Si je suis là aujourd’hui, c’est donc avant tout, d’abord, grâce aux différentes situations qui se sont présentées à moi, et sans être pour autant opportuniste. Mais ces situations, je les ai provoquées, je ne suis pas resté chez moi en attendant un contrat!!

10/ Tu as eu la chance de participer aux 10 ans de l’UCMF, entouré de compositeurs de renom, quelle a été ton impression au moment où ton morceau a été joué ?

Oui, je me rappelle des répétitions où j’ai pu croiser tous les grands compositeurs dont Vladimir Cosma, et tous étaient vraiment sympathiques avec moi. Eric Serra m’a salué pour mon travail sur Austerlitz!! Et Robert Fienga m’a offert un café,  quoi demander de mieux?!! Le jour J, il est vrai que j’ai un peu stressé ! Mais l’orchestre du Coge était merveilleux, ainsi que leur chef Aurélien Azan Zielinski. Lorsque le morceau a été joué, j’en ai profité le plus possible durant 2’26 minutes.

11/ Tu as une formation de violoniste, cet instrument t’a apporté des avantages en tant que musicien?

Cet instrument m’a permis de continuer la musique aujourd’hui… C’est grâce à mon instrument que je me suis mis à composer, et je pense que n’importe quel compositeur doit avant tout être musicien et maîtriser son instrument.

L’avantage est que je vais me mettre à jouer de l’alto et certainement du violoncelle, pour ainsi faire une maquette de quatuor moi-même avant de faire appel à des pros!

Je te remercie encore Mathieu!!! Au plaisir de te rencontrer prochainement!!!

Site de Mathieu Vilbert. Vous pouvez également le retrouver sur FB.
Voir également le site: Moebius Musique .

Ciryle Coplan.

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